Murmures de la Cité II : Réacs dans le bocage

Murmures de la Cité II : Réacs dans le bocage

Les trois représentations du spectacle ultraconservateur façon Puy-du-Fou, conçu par les membres d’une association catho-tradi et identitaire, avaient fait scandale l’été dernier à Moulins. Pour sa seconde édition, du 10 au 12 juillet, le show a trouvé un hébergement dans le château du prince Lobkowicz, membre de la famille des Bourbon-Parme, au fin fond du bocage bourbonnais.

Murmures de la Cité, c’est un spectacle sons et lumières que ne désavouerait pas Philippe de Villiers et son célèbre Puy-du-Fou. Des rois, des chevaliers, des gentes dames et des saints : toutes les images du roman national y sont représentées. Les symboles républicains beaucoup moins. Napoléon oui. La Révolution française, non.

En dépit des alertes de politiques comme le député communiste de l’Allier Yannick Monnet ou de militants syndicaux comme le professeur d’histoire-géographie en lycée à Moulins Vincent Présumey, de la Fédération syndicale unitaire (FSU), le show, conçu par des membres de l’association catholique-traditionnaliste et identitaire Sophia Polis, basée à Cressanges, avait obtenu des subventions de la ville de Moulins, de la métropole et de la région Auvergne Rhône-Alpes. Il avait également bénéficié des subsides du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin, via son Fonds du bien commun.

Murmures de la Cité a même eu les honneurs du parvis du Centre national du costume de scène (CNCS), à Moulins, pour trois représentations qui ont rassemblé 2 100 spectateurs en juillet dernier. L’audience n’a pas été déçue : le son et lumière a débuté, chaque soir, par la projection, pendant cinq minutes, de croix gammées sur les murs de l’institution.

Cette année, le CNCS n’a pas renouvelé son soutien au spectacle. Qu’à cela ne tienne, ses organisateurs ont des amis. Le show sera donc hébergé pour trois nouvelles représentations, du 10 au 12 juillet, au château du Nouveau-Bostz, à Besson (à 15 km au sud-ouest de Moulins). L’édifice est la propriété de Charles-Henri de Lobkowicz, qui avait déjà discrètement soutenu l’association l’an passé en la laissant effectuer une répétition dans une autre de ses propriétés, le château de Fourchaud, également à Besson.

Le prince Lobkowicz, qui ne fait pas mystère de sa « sensibilité monarchiste » et de son dédain pour une République qu’il trouve « maladroite, à bout de souffle », n’est pas avare de ses coups de pouce. A l’été 2023, il a déjà accueilli au château de Fourchaud un camp « de formation » de l’Action Française, dénoncé à l’époque par le FSU. Membre de la famille des Bourbon-Parme, il partage sur les réseaux sociaux des photos avec sa lointaine cousine Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, la compagne de Jordan Bardella, président du Rassemblement national.

Les points de convergence entre le chatelain et Guillaume Senet, le président de Murmures de la Cité, ne s’arrêtent pas à leur proximité géographique – Besson est situé à 7 km à peine de Cressanges. Comme le prince Lobkowicz, le doctorant en droit de 25 ans aime organiser dans la demeure familiale des rassemblements de jeunesse – les universités d’été de son autre association, Sophia Polis. L’été dernier, il avait notamment accueilli parmi les orateurs l’ancien idéologue du Front national Bruno Gollnisch, l’africaniste d’extrême droite Bernard Lugan, ou encore l’abbé Scrive, qui a célébré en 2018 une messe d’hommage au maréchal Pétain.

Interrogé le 30 avril dernier par une commission d’enquête sénatoriale, Guillaume Senet a redit son attachement littéraire à Robert Brasillach, rédacteur en chef du journal violemment antisémite Je Suis Partout, fusillé en 1945 pour faits de collaboration, dont Sophia Polis a conseillé la lecture et vendu des T-shirts reproduisant une de ses citations. « Le talent littéraire de cet homme ne semble pas sujet à caution », a affirmé le militant associatif. Ce genre de prise de position n’a pas empêché la région de verser une subvention de plusieurs milliers d’euros pour la nouvelle édition du spectacle.

L’étudiant n’aime pas qu’on critique la teneur idéologique de ses spectacles. Il a ainsi porté plainte pour diffamation contre La Montagne et L’Humanité pour leurs comptes-rendus de l’édition 2025. Il a cependant été débouté mercredi 3 juin par le tribunal de Moulins.

Nicolas Cheviron

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