Quarante ans après ses débuts militants, Biocoop célèbre son anniversaire avec un enjeu qui dépasse la seule histoire d’un réseau : comment rendre le bio plus accessible, plus concret et plus collectif, dans un contexte où les modèles agricoles, le pouvoir d’achat et les attentes des consommateurs sont sous tension ? À Aurillac, le 5 juin, la société coopérative spécialisée dans la vente de produits bio a organisé une table ronde sur la sécurité sociale de l’alimentation avec la Confédération paysanne, le Secours populaire et la Sécurité sociale de l’alimentation de Millau. Noémie Richart, la patronne du magasin aurillacois, répond à nos questions.
Mag’Éruptif : Pourquoi avoir choisi de mettre la sécurité sociale de l’alimentation au cœur de cet anniversaire Biocoop, et quel message souhaitez-vous faire passer au public local ?
Noémie Richart : Aujourd’hui, la précarité ne cesse de croitre en france et concerne une large partie des catégories socio-professionnelles. D’un autre côté, les invendus collectés par les associations d’aide alimentaire diminuent d’année en année, les mettant dans une situation délicate. Et enfin, le système de don d’alimentation ne permet pas aux personnes en grande précarité de choisir leur alimentation. Il est temps de travailler sur de nouvelles alternatives ! La sécurité sociale de l’alimentation (SSA) est une réponse à ces évolutions. Il y a aujourd’hui une centaine d’expérimentations en France, un peu partout sur le territoire. Une petite moitié de ces expérimentations sont soutenues par des magasins du réseau Biocoop. Nous souhaitions profiter de cet anniversaire pour ouvrir une nouvelle page du militantisme en abordant le sujet de la SSA. L’objectif était de semer une première graine pour susciter les envies de créer un collectif localement.
Mag’Éruptif : La sécurité sociale de l’alimentation est souvent présentée comme une réponse aux inégalités d’accès à une nourriture de qualité. Concrètement, qu’est-ce que cela changerait pour les habitants d’un territoire comme Aurillac ?
N.R. : Les expérimentations de SSA permettent un soutien à une activité locale et principalement à l’agriculture locale. Monter une expérimentation de SSA à Aurillac permettrait aux personnes en situation de précarité d’avoir accès une alimentation choisie, de qualité et locale.
Mag’Éruptif : Certains critiques pointent le coût et la faisabilité du dispositif. Comment Biocoop, en tant qu’acteur de la distribution, se positionne-t-il face à ces interrogations ?
N.R. : Actuellement les expérimentations de caisse de l’alimentation fonctionnent principalement grâce à des subventions ou à du mécénat. Le fond de dotation Biocoop fait déjà partie des mécènes de la SSA. Nous avons lancé en 2025 un premier appel à projet et nous avons soutenu dix projets de SSA actuellement en cours. Cet appel à projet viens d’être relancé pour continuer à soutenir cette dynamique. il y a eu cette année une loi présentée à l’Assemblée nationale proposant la mise en place au niveau national d’une caisse de l’alimentation. C’est une première étape ! Pour que ce système soit viable et indépendant de toutes subventions, il faut que les politiques s’en emparent et mettent en place des systèmes de cotisations, comme pour la sécurité sociale.
Mag’Éruptif : En quoi les valeurs et pratiques de Biocoop s’inscrivent-elles déjà dans la logique d’une sécurité sociale de l’alimentation ?
N.R. : Depuis sa création, Biocoop œuvre pour un Bio équitable, de qualité et accessible. Trois notions qui ne sont pas toujours faciles à associer. Mais c’est notre travail au quotidien ! Le fonds de dotation Biocoop a tissé plusieurs partenariats avec des associations ou des organismes, proposant notamment aux magasins de se tourner vers des publics en situation de précarité. Sur Aurillac, nous avons mis en place il y a plusieurs années le programme « Bio vrac pour tous », proposé par le fonds de dotation, en partenariat avec le Secours populaire. Via ce partenariat, nous proposons quelques produits en vrac au sein de l’espace de distribution du Secours populaire. Nous leurs faisons don d’une partie des produits et les autres produits, nous les leur vendons à prix coutant. Une autre action importante du fonds de dotation, c’est la « collecte bio solidaire ». Petite définition : lors d’une collecte alimentaire, les magasins accueillant les associations voient leur chiffre d’affaires et leur marge augmenter durant la collecte. Ils se font donc du bénéfice sur le dos des personnes en précarité ! Chez Biocoop, lors de la collecte bio solidaire, nous reversons la marge collectée sur les produits donnés à l’association présente dans le magasin. Tous les magasins du réseau ont l’obligation d’organiser au minimum une collecte bio solidaire par an, et nous incitons les magasins à la réaliser les 12 et 13 Juin prochain. Deux initiatives qui montrent le lien entre notre ADN et celui de la SSA.
Mag’Éruptif : Vous avez invité la Confédération paysanne, le Secours populaire et la Sécurité sociale de l’alimentation de Millau. Comment peut s’inscrire Biocoop dans cette synergie ?
N.R. : Dans notre cas, je voulais semer la première graine. Il faut ensuite que les citoyens se lancent et se regroupent pour monter un collectif. Mais avant la naissance du collectif, il faut parler du sujet pour faire connaitre la SSA à un plus grand nombre. Une fois le collectif lancé, nos magasins pourront être des magasins conventionnés et le fonds de dotation pourra peut-être soutenir ce collectif.
Propos recueillis par Sonia Reyne
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