Auprès de mon arbre

Auprès de mon arbre

A Lapeyrouse, le tilleul de la Combe Droit, sur le terrain d’un cultivateur d’arnica, est en passe d’être classé monument naturel au titre de la loi de 1930. En ce moment c’est l’enquête publique. Le tilleul a déjà été labellisé Arbre remarquable de France en 2023. Cet arbre majestueux abrite plus de onze espèces de chauves-souris, le lucane cerf volant, la chouette hulotte et d’autres espèces. L’enjeu de la protection de la nature face aux changements de propriétaires et aux pressions foncières est au cœur de ce classement.

Sylvain Pouvaret est paysan naturaliste. Ancien écologue-botaniste professionnel, il a longtemps travaillé pour le Conservatoire des espaces naturels (CEN) d’Auvergne. Aujourd’hui, il cultive de l’arnica sur la commune de Lapeyrouse (63) et s’est amouraché d’un arbre merveilleux. Son tilleul, celui de la Combe Droit, pourrait bientôt changer de statut et entrer dans le droit commun des paysages protégés. « Le tilleul de la Combe Droit a déjà été protégé par le propriétaire précédent, qui lui aussi était très conscient de l’intérêt de le conserver », précise Sylvain. Distingué en 2023 comme « arbre remarquable de France », cet arbre majestueux est aujourd’hui au cœur d’une enquête publique préalable à son classement comme monument naturel, au titre de la loi du 2 mai 1930.

Planté au milieu d’une parcelle agricole où pousse notamment de l’arnica, ce tilleul n’est pas un arbre comme les autres. Ses dimensions impressionnent : 26 mètres de haut, 7,4 mètres de circonférence, une couronne couvrant près de 250 m². Mais au-delà de sa silhouette, c’est tout un écosystème qu’il abrite. Plus de onze espèces de chauves-souris y trouvent refuge, aux côtés du lucane cerf-volant, de la chouette hulotte et de nombreuses autres espèces inféodées aux vieux arbres.

L’histoire du tilleul de la Combe Droit est aussi celle d’une relation patiente entre l’arbre et ceux qui l’ont entouré. Longtemps taillé en « trogne », selon une pratique agricole traditionnelle consistant à tailler régulièrement l’arbre à même hauteur pour en recueillir le bois, le feuillage, les fleurs ou les fruits, il a ensuite été laissé en libre évolution pendant plusieurs décennies. Ses deux derniers propriétaires successifs ont fait le choix de préserver cet arbre, allant jusqu’à acquérir la parcelle pour éviter sa disparition. « Il a fallu une conjonction de circonstances assez exceptionnelles », résume un document de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Auvergne-Rhône-Alpes : un arbre vénérable, en plein champ, épargné par les contraintes d’urbanisation, entretenu puis relâché, et surtout protégé par des décisions humaines.

La procédure en cours n’est pas anodine. Le classement au titre des sites, encadré par les lois de 1906 et 1930, est habituellement mobilisé pour des paysages ou des ensembles naturels. Ici, il s’appliquerait à un arbre isolé et à son environnement immédiat, sur un périmètre d’environ 4,3 hectares.

Concrètement, ce classement instaurerait une servitude d’utilité publique attachée au site, sans limite de durée. Toute modification substantielle du lieu serait soumise à autorisation ministérielle ou préfectorale. Un outil juridique contraignant, mais pensé pour le long terme. « Les documents d’urbanisme peuvent évoluer, les propriétaires changer. Le classement permet de garantir une protection pérenne », souligne le dossier d’enquête publique, actuellement consultable en préfecture du Puy-de-Dôme.

Au-delà du cas du tilleul, la démarche pose une question plus large : celle de la protection de la nature ordinaire. Ni parc national, ni réserve naturelle, ce type d’espace reste vulnérable aux pressions foncières ou aux évolutions des usages agricoles.

Le recours à une loi centenaire pour protéger un arbre pluricentenaire illustre ce paradoxe. Longtemps délaissé au profit de grands ensembles paysagers, le classement de « monuments naturels » ponctuels trouve enfin un écho dans la sensibilité aux enjeux environnementaux. Dans le département, aucun site n’a été inscrit à ce titre depuis 1994, rappelle la DREAL. 

L’enquête publique, en cours en 2026, est une étape clé. Elle va permettre de recueillir les observations des habitants, des usagers et des acteurs locaux avant une décision finale. Si tous les propriétaires concernés donnent leur accord, le classement pourra être prononcé par arrêté ministériel. Dans le cas contraire, il relèvera d’un décret en Conseil d’État. À Lapeyrouse, le conseil municipal et les propriétaires se sont d’ores et déjà prononcés favorablement. Reste à savoir si ce tilleul, né d’un paysage rural et d’une attention humaine continue, aura demain le statut un monument naturel reconnu par l’État.

Sonia Reyne

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