Le 12 août, la Lune s’interposera entre nous et le Soleil, générant une éclipse qui, dans la région, occultera notre étoile à 95%, un évènement astronomique à ne pas manquer. A cette occasion, nous avons interrogé Olivier Martin, président de l’Association des astronomes amateurs d’Auvergne (4A, qui fête cette année ses 60 ans d’existence), afin qu’il nous donne des précisions sur ce phénomène et les conditions pour l’observer en toute sécurité.
Mag’Eruptif : Le 12 août aura lieu une éclipse de soleil, pouvez-vous nous en rappeler le mécanisme ?
Olivier Martin : Une éclipse de Soleil se produit lorsque la Lune passe entre le Soleil et la Terre, cachant sur une durée limitée tout ou partie de la lumière du Soleil pour un observateur sur Terre. A la surface de la Terre, l’ombre portée du Soleil totalement caché par la Lune mesure de l’ordre de 200km de diamètre, et se déplace très rapidement (plus de 1000 km/h). Dans cette « bande de totalité », on peut voir une éclipse totale pendant quelques minutes, avec un obscurcissement très important du ciel. Le 12 août, la bande de totalité traversera le nord de l’Espagne. En dehors de la « bande de totalité », sur une surface terrestre beaucoup plus importante autour de l’ombre de la totalité, le Soleil n’est pas totalement caché par la Lune et l’on y observe une éclipse partielle.
M. E. : En quoi est-ce un évènement exceptionnel ?
O. M. : Il peut y avoir deux à cinq éclipses de Soleil chaque année sur Terre, ce n’est donc pas un phénomène extrêmement rare. Néanmoins, depuis un lieu géographique donné, une éclipse totale est beaucoup plus rare du fait de la mince bande de totalité. En ce même lieu géographique, les éclipses partielles sont nettement plus fréquentes, mais passent généralement inaperçues car on ne constate pas de baisse de la luminosité ambiante. Ce qui rend l’éclipse du 12 août exceptionnelle pour la France c’est que l’obscuration du Soleil y sera comprise entre 90% et 99%. A titre de comparaison, la dernière éclipse totale de Soleil en France métropolitaine a eu lieu le 11 août 1999, et la prochaine n’aura lieu que le 3 septembre 2081.
M. E. : Où, quand pourra-t-on voir l’éclipse et quelles sont les précautions à prendre ?
O. M. : Pour assister à l’éclipse totale, il faudra se rendre au nord de l’Espagne. Néanmoins, toute la France métropolitaine pourra assister à une éclipse partielle, avec un taux d’obscuration très fort (>99%) à proximité de Bayonne, et plus modeste mais néanmoins très important d’environ 90% en Alsace.
Le danger, quand on observe une éclipse de de Soleil, provient du niveau d’intensité lumineuse, combiné à de forts rayonnements en infrarouge et ultraviolet invisibles qui peuvent brûler la rétine sans qu’on éprouve de douleur. On peut l’observer soit par des moyens indirects – projection de l’image du Soleil à travers un trou – ou bien avec des filtres conformes à la norme ISO 12312-2, en particulier des lunettes à éclipse. Les clubs d’astronomie ou des amateurs avertis disposent également d’instruments spécialisés permettant de grossir l’image. En cas de doute, rapprochez-vous des clubs, car vous n’avez qu’une seule paire d’yeux !
M. E. : Quelles seront les caractéristiques de l’éclipse dans notre région et les meilleurs endroits pour l’observer ?
O. M. : Le passage de la Lune devant le Soleil commencera vers 19h30, avec une obscuration maximale vers 20h20. Le soleil se couchera avant que la Lune ait complètement libéré la surface solaire. Du fait de l’heure tardive, le Soleil sera relativement bas sur l’horizon, à 5° depuis l’Auvergne : pour l’observer dans de bonnes conditions, il faudra un horizon ouest parfaitement dégagé, sans relief, arbre ou immeuble. Il faudra conserver les lunettes de protection pendant toute la durée de l’observation.
M. E. : Récemment, Clermont-Ferrand et d’autres communes ont décidé de rallumer l’éclairage nocturne après minuit, est-ce que cela a une incidence pour les astronomes ?
O. M. : En effet la lumière artificielle des villes génère un énorme dôme lumineux autour de celles-ci, visible à des kilomètres. Pour nous astronomes, un ciel non parfaitement noir implique qu’il est plus difficile de visualiser certains objets du ciel, tels que des nébuleuses ou des galaxies. Ainsi, un site historique tel que le Pic du Midi ne peut plus prétendre être d’un niveau international du fait de la dégradation de la noirceur de son ciel.
Mais il faut comprendre que cette pollution lumineuse a également une forte incidence sur les animaux nocturnes, qui se retrouvent parfois incapables de franchir une « barrière » de lumière, et que nous humains aussi subissons l’absence d’obscurité totale la nuit, générant des insomnies et sommeils non-récupérateurs. La 4A est également membre de l’Association nationale du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN) afin de défendre la préservation de l’obscurité la nuit.
En octobre 2022 nous avons installé à notre observatoire de la Garandie un instrument qui mesure en continu l’évolution de la noirceur du ciel. La courbe présente des sauts très marqués vers plus de noirceur à 22h, 23h et minuit, qui correspondent exactement aux horaires d’extinction des communes alentours (minuit correspond à l’agglomération clermontoise).
En particulier, nous regrettons que le rallumage n’ait été décidé que sur la base d’un sentiment d’insécurité sans qu’aucune étude sérieuse n’aie démontré le lien entre niveau de criminalité et éclairage des rues. Il faut aussi rester vigilants à ce que la rénovation du parc d’éclairage, en particulier son remplacement par des LED moins énergivores, ne conduise pas à une augmentation de l’intensité lumineuse permise par la moindre consommation, ce qui serait encore pire.
Propos recueillis par Philippe Josselin
Pour de plus amples informations, cliquez ici,
et retrouvez le site internet de l’Association des astronomes amateurs d’Auvergne ci-dessous.
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