Haute-Loire : une première marche des fiertés pour bousculer les préjugés

Haute-Loire : une première marche des fiertés pour bousculer les préjugés

Au Puy-en-Velay, une foule joyeuse a envahi les rues au début de l’été. La première marche des fiertés organisée en Haute-Loire a rassemblé 700 personnes, queer, allié·es, militant·es syndicaux, féministes et écologistes. Un événement inédit dans un territoire souvent caricaturé comme rural, conservateur, voire réactionnaire.

Par 35°C à l’ombre, ce samedi 28 juin la toute première Marche des fiertés du Puy-en-Velay a submergé la ville de drapeaux multicolores, de pancartes bricolées et de slogans scandés à plein poumons. Un événement inédit dans ce bastion de Laurent Wauquiez, marqué par l’émotion, la joie, la vigilance… et la détermination.

Derrière ce succès, il y a Arcan – pour arc-en-ciel en occitan. Une poignée de volontaires s’était lancée dans un pari audacieux : créer une association LGBTQI+ dans un département où les structures manquent cruellement. Émilie Clair, l’une des membres, explique : « Nous sommes une bonne vingtaine de membres actifs, et on est régulièrement rejoints par des ami·es. L’été dernier, après la dissolution de l’assemblée nationale, on avait mis des petites annonces dans les festivals pour dire qu’un projet de Pride était en train de naître. La première réunion a eu lieu en novembre. C’était ambitieux de vouloir organiser une marche des fiertés en juin ! »

L’association s’est officiellement constituée en mars, quelques mois seulement avant la marche. Et pourtant, le pari a été tenu : dans cette ville de pèlerinage, l’événement a dépassé les espérances des organisateur·ices.

La Pride du Puy et son organisation n’étaient pas seulement une fête : elles ont révélé une soif de reconnaissance et de liens dans un département où sortir du placard reste compliqué. Émilie Clair raconte son propre parcours : « J’ai fait mon coming out dans mon village il y a dix ans. J’étais bien entourée, mais ce n’était pas facile pour autant. Il m’a fallu du temps pour pouvoir marcher la tête haute, tranquillement. Ce qui m’a beaucoup manqué, c’est de ne pas avoir de lieu où aller pour passer une soirée, regarder un film ensemble, bricoler, faire un karaoké, ou juste être là, ensemble. » Dans la ruralité, le manque d’espaces d’accueil, d’écoute, de sociabilité pèse lourd. C’est ce vide qu’Arcan souhaite combler, en créant un lieu ressource pour les personnes LGBTQIA+ du département.

Au-delà de la joie, le choix du lieu était un geste politique. Défiler au Puy, « bastion de droite, parfois un peu réactionnaire » comme le dénoncent quelques manifestants, avait tout d’un défi. Les organisateur·ices craignaient l’indifférence, voire l’hostilité des autorités locales. Finalement, la mairie a autorisé l’organisation d’un goûter dans le jardin Henri Vinet, c’est-à-dire… le jardin de la préfecture. Un symbole fort : la communauté queer a fait entendre sa voix au cœur d’un territoire dont on imagine qu’il lui tournerait plutôt le dos.

Cette marche des fiertés en Haute-Loire a démontré que les combats LGBTQI+ ne concernent pas que les grandes métropoles. Le droit d’être soi-même, de marcher sans peur main dans la main avec son·sa partenaire, de faire son coming out sans risquer l’isolement ou le rejet, n’est pas réservé aux métropoles. Être queer dans la ruralité, c’est encore plus souvent se heurter au silence, à l’invisibilité, au manque de relais associatifs.

En rassemblant plusieurs centaines de personnes, Arcan et ses allié·es ont montré que ce silence n’était pas une fatalité. Qu’il existe une jeunesse queer en Haute-Loire, mais aussi des familles, des militant·es, des allié·es, prêt.es à prendre la rue pour dire qu’ils et elles existent. 

Sonia Reyne

Contactez Arcan : [email protected]

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