Essayiste du début du XIXe siècle, écrivain de romans d’aventures, journaliste et lauréat du prestigieux prix Goncourt, Maurice Constantin-Weyer est une personnalité connue du bassin vichyssois. La preuve : il donne son nom au collège de Cusset, ainsi qu’à un square à Vichy. Pourtant, une facette de sa personne semble méconnue : celle de l’admirateur inconditionnel de Charles Maurras, contributeur régulier de l’Action française aux écrits teintés d’antisémitisme.
Vous connaissez très certainement son nom si vous êtes un aficionado de littérature, ou tout simplement connaisseur de Vichy et ses environs. Mais vous connaissez sans doute moins ses accointances nationalistes et antisémites. Maurice Constantin-Weyer, né Constantin, voit le jour à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), en 1881. En 1904, il part s’installer au Canada, puis rentre en France en 1914, pour combattre durant la Première Guerre mondiale au sein de l’armée française. A Vichy, « en 1920, il épouse en secondes noces Germaine Weyer, patronyme qu’il apposera désormais au sien », indique le journaliste Jean-Paul Kauffmann dans la préface d’un des livres du Haut-Marnais. Son apogée littéraire est atteinte en 1928, quand il remporte le prix Goncourt avec Un homme se penche sur son passé. Il s’établit définitivement à Vichy en 1939, où il vivra jusqu’à son décès, en 1964.
Maurras, ce génie
Au fil de son œuvre, plusieurs de ses textes laissent transparaître une proximité avec l’extrême-droite nationaliste et antisémite. Son essai œnologique, L’Âme du Vin, publié en 1932, est dédié à Charles Maurras dans ces termes : « À Charles Maurras, qui, mieux que tout autre, porte en son clair génie l’âme des vins de France, ce livre est respectueusement dédié. » Si dédier un livre est une pratique courante, choisir Charles Maurras pour récipiendaire de cet hommage révèle des inclinations sulfureuses. Maurras dirige en effet, à cette époque, l’Action française, mouvement politique et journal basé sur un nationalisme antidreyfusard et un royalisme véhément.
Dans sa dédicace, Constantin-Weyer loue un compagnon vinicole. Dans le texte, il encense sa plume : « Ceux qui n’ont jamais approché Maurras ne peuvent savoir quel parfait seigneur il est. On admire unanimement son génie d’écrivain. » Cette plume est pourtant radicale. « Maurras prône la dénaturalisation de tous les juifs français et le renvoi des étrangers, explique l’historien Laurent Joly. Par deux fois, il a été condamné pour incitation au meurtre contre des hommes politiques juifs. »
Le Bourbonnais d’adoption est en fait devenu un collaborateur régulier de Charles Maurras. Il rédige des papiers pour L’Action française, principalement des chroniques littéraires. Dans l’édition du 1er mars 1934, Charles Maurras signe un éditorial où il évoque « notre éminent et cher ami » Constantin-Weyer. Maurice s’affiche également au milieu d’autres personnalités d’extrême-droite, comme Léon Daudet ou Maurice Pujo, dans le cadre de la « Grande réunion des étudiants d’Action française ». Il y participe, comme en attestent des encadrés publicitaires dans le quotidien nationaliste.
« On voit bien qu’Israël est roi ! »
Maurice Constantin-Weyer ne se contente pas de respecter et d’admirer le leader nationaliste, il partage, au moins en partie, ses idées. Toujours avec L’Âme du Vin, il s’en prend ainsi à la République. Il considère la démocratie comme « amie du pinard » et « ennemie des grands vins ». Il regrette également « l’ère du socialisme fatal au vin ».
Quand, en juin 1936, Roger Salengro, ministre de l’intérieur socialiste du tout jeune gouvernement du Front populaire, prend des décrets de dissolution de plusieurs ligues factieuses d’extrême-droite, L’Action française cherche à l’éliminer en l’accusant à tort d’avoir déserté pendant la Première guerre mondiale. Constantin-Weyer participe à l’opération. « Examinons une fois de plus le cas du cycliste Salengro », écrit-il dans un courrier à Roger Joseph, un proche de Maurras, faisant référence à la fonction de coursier à vélo exercée par le militant socialiste pendant la guerre, et tournée en ridicule par la presse nationaliste. La campagne de dénigrement conduira Salengro au suicide.
L’adhésion de l’écrivain bourbonnais d’adoption aux idées d’extrême-droite de l’époque passe aussi par l’antisémitisme, exprimé dans plusieurs attaques violentes contre des hommes de gauche et juifs. Dans le même courrier, il désigne ainsi à deux reprises Léon Blum, chef du gouvernement, comme le « juif Blum ». Toujours dans cette lettre, il dénonce la nomination de deux assistants du général Gamelin. Il qualifie le choix de Monsieur de Barral de « compromis », avant d’ajouter : « On voit bien qu’Israël est roi ! », faisant référence à la judéité de ce dernier.
A Cusset, commune de l’agglomération vichyssoise, le collège Constantin-Weyer, rue de Bodesson, porte aujourd’hui le nom de l’écrivain. L’établissement et le rectorat n’étaient pas immédiatement en mesure de nous informer sur la date et les circonstances du choix de ce nom. Le collège a, nous dit-on, ouvert ses portes au début des années 1970, quand la filière générale a été transférée depuis l’établissement historique qu’est le Collège de Cusset. La mairie de Vichy n’était pas non plus en mesure de nous éclairer sur les motifs qui ont présidé au choix du nom de Constantin-Weyer pour baptiser une place de la ville.
Maxence Gibault-Renault
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