Le 7 mars, le puzzle assemblé en plein centre-ville offrira une image forte : celle d’une histoire collective en construction. Mais pour le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles 43, l’égalité ne se résume pas à un événement symbolique. « L’égalité, ça se pratique tous les jours, résume Élodie Arsac. Dans un bureau, lors d’un entretien, dans un atelier, sur un marché. Il faut être patient, c’est parfois difficile, mais absolument nécessaire. » En Haute-Loire, cette patience a un nom, une adresse, et surtout une porte ouverte.
Le samedi 7 mars à 10 heures, place du Clauzel, face à la mairie du Puy-en-Velay, un grand puzzle prendra forme sous les yeux des passant·es. Une œuvre collective, assemblée en plein air, pour raconter l’histoire des droits des femmes, ceux déjà conquis, et ceux qu’il reste à inventer.
« C’est essentiel pour nous d’être dans l’espace public : visible, participatif, ouvert à toutes et tous », insiste Élodie Arsac, directrice du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles de Haute-Loire (CIDFF 43). « Le 8 mars, comme le 25 novembre, ce sont des dates qui se vivent dans l’espace, pas entre soi dans des salles fermées », ajoute-t-elle. Intitulé Puzzle collaboratif « Voix et histoires », le projet associe établissements scolaires, structures locales et femmes accompagnées par le CIDFF. Chaque pièce correspond à une date clé de l’évolution des droits des femmes. « On voulait à la fois rendre hommage aux avancées passées et ouvrir une réflexion sur les droits du futur », explique Élodie Arsac.
Certaines pièces ont ainsi été imaginées lors d’ateliers, notamment avec des femmes engagées dans le projet d’insertion O2R. « Ce sont elles qui réfléchissent, qui créent, qui projettent. C’est fondamental », commente Élodie Arsac. Si le puzzle du 7 mars illustre l’engagement du CIDFF, le cœur de son action se joue aussi le reste de l’année. « Notre principale porte d’entrée, c’est l’accès au droit et l’information juridique, rappelle la militante. Mais souvent, derrière une question administrative ou juridique, on découvre autre chose, des violences, une emprise, une précarité. »
Proximité, féminisme et accompagnement au long cours
Chaque année, le CIDFF 43 accueille environ 620 personnes, pour près de 1 700 entretiens. « La rencontre permet de mettre des mots sur ce que les personnes vivent, estime Élodie. De nommer les violences, même quand ce n’est pas la demande initiale. »
Basée au Puy-en-Velay, l’association irrigue tout le département. « On assure une vingtaine de permanences en Haute-Loire, en zone rurale. Aller vers les publics, c’est dans notre ADN. Et quand une personne ne peut pas se déplacer, on trouve une solution. On ne laisse aucune demande sans réponse. »
Le CIDFF 43 revendique un féminisme concret, ancré dans le territoire. « On va sur les marchés, on distribue des flyers dans les commerces, on fait du porte-à-porte, on participe à des événements locaux », énumère Élodie Arsac. « C’est comme ça qu’on est identifiées, reconnues, et que les femmes osent venir. Beaucoup aussi avec le bouche à oreille »
L’objectif n’est pas seulement d’informer, mais de permettre des choix éclairés. « Notre rôle, c’est de donner une information complète et pertinente pour que les femmes puissent décider en conscience. Et avancer à leur rythme », poursuit la militante. L’accompagnement est souvent long, pluridisciplinaire, et vise aussi l’autonomie économique. « On ne plaque pas de solutions toutes faites. On construit avec elles. »
Le collectif comme levier d’émancipation
Au-delà des entretiens individuels, le CIDFF mise fortement sur le collectif. « Rencontrer d’autres femmes qui ont vécu des choses similaires, ou qui sont à un autre moment de leur parcours, c’est extrêmement puissant, souligne Élodie Arsac. Le collectif met en mouvement. » De ces espaces naissent des projets à forte valeur sociale : une gazette écrite par les femmes accompagnées, ensuite diffusée sur les marchés, ou encore des interventions lors de festivals d’été. « On fonctionne souvent en binôme : une salariée du CIDFF et une ambassadrice. Ce sont des femmes que nous accompagnons, et cela peut leur permettre de renouer avec un contrat de travail. »
Autre axe majeur : les interventions en collèges et lycées. « On travaille sur le consentement, les stéréotypes de genre, la sexualisation, l’élargissement des choix possibles, détaille Élodie Arsac. On s’adapte aux demandes, mais l’idée, c’est surtout d’ouvrir des espaces de discussion. » Depuis environ un an, l’association observe une évolution préoccupante. « On voit que certains discours masculinistes trouvent un écho local, y compris chez les jeunes. Quand on questionne les élèves, on se rend compte que ces contenus circulent, qu’ils sont vus, intégrés. » D’où l’importance « d’ouvrir le débat, de déconstruire les idées reçues, de permettre une réflexion collective sur des relations plus égalitaires », souligne Élodie Arsac. Ces enjeux irriguent aussi les actions de formation menées auprès des professionnel·les. « Celles et ceux qui accompagnent les jeunes au quotidien doivent être outillés. Nous, c’est aussi notre rôle. »
Sonia Reyne
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