Méthaniseurs de Salers: un échec environnemental, une facture salée

Méthaniseurs de Salers: un échec environnemental, une facture salée

Le projet des méthaniseurs du Pays de Salers était présenté en 2012 comme un modèle de transition énergétique pour le Cantal. Son ambition ? Transformer les déchets agricoles et végétaux en gaz naturel destiné à alimenter les camions de collecte des ordures du territoire. L’échec de ce projet se solde par une condamnation judiciaire exemplaire.

Après une audience de plus de neuf heures, qui s’est tenue le 22 octobre dernier, la justice a tranché fin mars 2026. La société Salers Biogaz est condamnée à une peine d’amende de 200 000 euros. Le dirigeant de la société est condamné à 9 mois de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende, dont 8 000 euros avec sursis. Deux anciens responsables d’exploitation sont relaxés. La société Salers Biogaz et son dirigeant sont en outre condamnés à verser plus de 150 000 euros de dommages-intérêts aux différentes parties civiles : riverains, agriculteurs, fédération de pêche et trois associations du mouvement France Nature Environnement (FNE). « L’effectivité réelle de cette décision est loin d’être garantie, la société Salers Biogaz étant en liquidation judiciaire », précise toutefois FNE dans un communiqué de presse.

Pour rappel, en janvier 2022, le tribunal correctionnel d’Aurillac avait déjà condamné la société à 200 000 euros d’amende. Son dirigeant et les deux responsables d’exploitation avaient été condamnés à plusieurs mois de prison avec sursis. Tous avaient fait appel de ce jugement.

A l’origine de ce projet, qui s’est soldé par un cuisant échec environnemental, industriel et financier, la communauté de communes du Pays de Salers souhaitait miser sur son fumier agricole. Elle avait lancé en 2012 , en association le groupe Chadasaygas et plusieurs de ses filiales, un projet de méthanisation pour alimenter les camions bennes de collecte des ordures ménagères de la collectivité. Dès la mise en service des unités de Saint-Bonnet-de-Salers et Sainte-Eulalie, des dysfonctionnements et négligences graves sont à l’origine de plusieurs épisodes de pollution des cours d’eau du Cantal entre 2017 et 2021. Rapidement mises à l’arrêt, les deux unités n’ont jamais été en mesure d’alimenter durablement la flotte de camions de l’intercommunalité.

Dans deux rapports de 2025, la Chambre régionale des comptes d’Auvergne Rhône-Alpes pointe « une fiabilité aléatoire du partenaire privé, qui ne disposait d’aucune expérience ni référence solide en matière de méthanisation agricole » et dénonce un « échec industriel, financier et environnemental ».

Outre les dommages environnementaux, 2,25 millions d’euros de fonds publics, issus de l’État, de l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et de l’Union européenne ont été investis à perte dans ce projet. En cause : le groupe Chadasaygas et ses filiales en cascade, toutes créées et dirigées par Olivier Bouttes, complètement inexpérimenté dans le domaine de la méthanisation. Dans sa décision, la cour d’appel de Riom pointe la responsabilité « particulièrement déterminante » du groupe privé et de son dirigeant : « (…) la cour estime que la construction du groupe Chadasaygas, et de ses déclinaisons par des sociétés vides de salariés en mesure de les gérer, dans le secteur d’activité sensible des énergies renouvelables, interroge sur les motivations du prévenu, en l’absence de toutes compétences spécifiques dans ce domaine. (…) il a fait le choix d’une mise en service, puis d’une poursuite d’activité, nonobstant les multiples incidents survenus, démontrant (…) la volonté de ce dirigeant de bénéficier rapidement d’un retour sur investissement (…). »

Pour Norma Jullien Cravotta, juriste salariée de FNE Auvergne-Rhône-Alpes, partie civile dans ce dossier : « Cette décision est un signal fort envoyé aux industriels : la transition énergétique n’est pas un terrain de jeu pour apprentis sorciers, elle exige une rigueur technique et un respect absolu de la réglementation, sous peine de se transformer en catastrophe écologique. »

Dans une note de février 2023, la FNE AURA dresse un bilan nuancé de la méthanisation agricole en région. Si la filière présente un intérêt réel – énergie renouvelable, économie circulaire, meilleures pratiques agronomiques -, elle comporte des risques identifiés : pollution des eaux, appauvrissement des sols, concurrence avec les productions alimentaires. L’association recommande notamment d’interdire les cultures dédiées, de renforcer les contrôles des installations classées et de conditionner les subventions publiques à des critères environnementaux stricts.

« Si la méthanisation peut être vertueuse pour la transition énergétique, sa réussite repose impérativement sur un respect rigoureux des normes environnementales et des procédures d’exploitation », détaille Pia Savart, juriste salariée de FNE. La rédaction n’a pas réussi à joindre monsieur Bouttes.

Mélissa Citronelle

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