Dimanche 19 avril, un retraité a tiré avec une carabine à plomb et proféré des injures racistes en direction d’un groupe d’enfants qui faisaient du bruit devant ses fenêtres dans le petit quartier populaire de l’Arbousset, à Espaly-Saint-Marcel. Il sera jugé en juillet.
Cela fait six ans que Michel V., 64 ans, habite dans le quartier de l’Arbousset, dans la banlieue du Puy-en-Velay. Il s’y est installé après avoir épousé Isabelle, une résidente historique de la petite cité populaire. Et cela fait à peu près autant de temps que l’ancien salarié du bâtiment s’en prend, verbalement, aux voisins qui, à ses yeux, n’ont pas la bonne couleur, de préférence les femmes et les enfants.
« Une fois où ma femme rentrait à la maison, il a eu des propos racistes, il lui a dit qu’elle n’était pas chez elle ici. Il n’aime pas les noirs », témoigne Sébastien*, un cariste de 35 ans. « Il crie tous les jours, des insultes racistes contre les noirs et les arabes. Il fait peur aux enfants », confirme une jeune mère de famille. « Il a failli me taper plusieurs fois avec un bâton, parce qu’on n’a pas le droit de faire du bruit devant chez lui. On est tous passés par là », affirme une lycéenne.
Une voisine en particulier est particulièrement éprouvée par l’agressivité du retraité. Ses torts : habiter le même bâtiment que lui avec quatre enfants, dont un jeune autiste, ses origines mahoraises et sa couleur de peau. « Moi, je n’en peux plus, tous les jours il me traite de noire, de babouin, mon gamin n’ose pas rentrer seul par la porte (du bâtiment), il me demande de descendre pour venir le chercher », se désespère Marie*.
Deux semaines plus tôt, le retraité a pris à partie son fils autiste, parce qu’il avait dispersé les papiers gras d’une poubelle. « Je l’ai d’abord entendu crier : ‘’Tu ne peux pas arrêter, espèce de petit mongol ?’’, relate-t-elle. Et puis je l’ai vu jeter une barre métallique dans sa direction. Heureusement, il ne l’a pas touché. »
Le 19 avril vers 15h, Michel V. a franchi une étape supplémentaire, en cherchant à effrayer avec sa carabine à plomb un groupe d’une dizaine de gamins qui jouaient au football. Le coup est parti, selon le tireur par accident, en l’air. Mais un des enfants, dont le père a porté plainte, affirme avoir senti le plomb lui frôler le mollet.
Et il y a cette fois encore les injures racistes. « Il nous a menacé en disant qu’il allait nous tirer avec son flingue. Il a dit qu’il détestait chacun des Africains du groupe. Il a désigné Virginie* en particulier, en l’appelant ‘’la très très noire’’. Et puis il nous a tiré dessus », témoigne Jacob*, un des enfants de Marie, qui faisait partie du groupe. La mère de famille a elle aussi porté plainte.
Michel V. a passé une nuit en garde à vue. Il doit comparaître le 7 juillet pour des faits de « violences avec arme ». La circonstance aggravante du caractère raciste de l’agression n’a pas été immédiatement prise en compte, la police ayant omis, selon les témoins, de retranscrire cet aspect de leur témoignage. Le parquet a néanmoins ouvert, trois jours plus tard, une deuxième enquête, cette fois pour « injure publique en raison de l’origine, de l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».
Samedi 25 avril, une manifestation de soutien aux habitants du quartier et de dénonciation du racisme a réuni près de 300 personnes à l’Arbousset.
* Certains témoins ont choisi de préserver leur anonymat sous des prénoms fictifs, marqués d’un astérisque.
Nicolas Cheviron
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