Flauraud : grève et colère face à un plan social massif

Flauraud : grève et colère face à un plan social massif

A Aurillac, Flauraud n’est pas une entreprise comme les autres. Dans cette entreprise de distribution de pièces automobiles de presque cent ans, certain·es salarié·es cumulent trente ans d’ancienneté et sont très attaché.es à leur boîte. Pendant deux semaines en juin, une partie des employé·es a cessé le travail. En cause : un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui prévoit la suppression d’environ un tiers des effectifs, près de 100 postes sur 309, et la fermeture de neuf magasins, dont certains en Auvergne. Le mouvement a été suspendu le 30 juin, après la nomination d’un médiateur par la préfecture. Personne ne parle d’apaisement, tout au plus d’une trêve. Rémi Veyssière, représentant CGT, a bien voulu répondre à nos questions.

Rémi Veyssière : Oui, nous avons repris le travail depuis le premier juillet, mais cette reprise est conditionnée à des négociations sous l’égide de la préfecture et de l’inspection du travail. La préfecture du Puy-de-Dôme a proposé une médiation, nous avons accepté pour trouver une solution à des négociations qui n’avancaient pas, la Direction en a fait de même. Depuis, une réunion de négociation a eu lieu et le constat est sans appel : ils n’ont pas tenu leurs engagements de négocier. Aucune avancée ni aucun engagement concret n’a été acté à l’issue de cet échange, confirmant que le dialogue social reste totalement verrouillé.

Cette attitude irresponsable sonne comme une véritable provocation : pendant trois heures, ils ont balayé l’ensemble des sujets d’un revers de main mêlant mutisme et provocation, sans jamais laisser entrevoir la moindre ouverture. Cependant, ils ont fait état de leur volonté de prendre part à une deuxième réunion de négociation mercredi 15 juillet. Aussi après consultation des salariés, dans ce contexte sous tension extrême, nous nous sommes positionnés favorablement à une nouvelle rencontre dans les plus brefs délais. Nous n’accepterons pas de nouvelles provocations, aussi, nous avons convoqué des assemblées générales afin de définir les moyens d’actions à mettre en œuvre pour y répondre.

R. V. : En réalité, depuis trois mois il n’y a pas réellement de dialogue, à chaque fois que nous avons fait des remontées de terrain sur les questions organisationnelles, nous nous sommes confrontés à un mur, soit 15 réunions pour pas grand-chose malgré des propositions. Pire, face à ce mutisme, les salariés alors grévistes à ce moment sont venus à la rencontre de la direction durant une réunion de CSE. La réponse est parlante : 20 minutes plus tard un huissier payé par la direction venait tenter de constater des débordements inexistants.

Encore pire, après dix jours de grève, en pleine canicule, la direction a informé les salariés en grève de la désactivation de leur badge d’accès à l’entreprise, précisant que « cette mesure vise notamment à limiter l’accès et l’approvisionnement en eau et installations sanitaires aux seules personnes présentes pour l’exécution de leur travail ». Autrement dit, seuls les non-grévistes avaient accès au site, aux installations sanitaires et à l’approvisionnement en eau. En pleine canicule, chacun appréciera la délicatesse patronale…

Les élus CGT ne pouvaient plus pénétrer dans les locaux syndicaux ni à celui du CSE.  L’entreprise a été condamnée, au motif que même en grève, on peut avoir envie de pisser : les locaux de l’entreprise doivent donc être accessibles et permettre à chacun de satisfaire sans entrave ses besoins les plus élémentaires. La règle ainsi posée par le tribunal judiciaire permet également aux représentants du personnel d’user librement de leurs droits tirés de la constitution et des lois d’ordre public contenues dans le code du travail.Les salariés grévistes n’ont pas cédé aux provocations et sont resté humbles devant l’étalage de mépris.

R. V. : Excellente question, tout d’abord, nous ne nions pas certaines difficultés notamment liées aux choix désastreux de l’ancien actionnaire. Mais nous sommes convaincus que des alternatives sont possibles. La première des actions que l’actionnaire aurait dû mener, c’est la relance de l’activité commerciale, avec des investissements financiers pour couper court aux liens commerciaux encore trop importants avec l’ancien actionnaire. Ensuite développer une marque propre, c’est une obligation dans notre secteur d’activité de la vente de pièces de rechange.

Fermer des magasins qui ont trois ans d’ancienneté c’est complètement aberrant quand on sait qu’il faut trois ans pour commencer à être à l’équilibre. Il semble important également de prendre en compte les propositions des salariés de la plateforme logistique, qui est centrale dans notre organisation. Enfin Il y a des enjeux de transport, d’autant plus dans la période actuelle – c’est complètement à contre courant d’externaliser certaines de nos navettes internes. Flauraud, c’est quasiment 100 ans, il y en a, du savoir et de la maîtrise de l’activité dans l’entreprise. L’analyse collective nous l’avons, les propositions nous les avons.

R. V. : Le constat est clair. Tout d’abord, ces fonds d’investissement n’investissent rien, zéro euros. Ils ont repris l’entreprise pour une bouchée de pain alors qu’elle était en difficultés, ils jouent avec la masse salariale pour équilibrer artificiellement les chiffres. Rien d’humain, aucune prise en compte du travail réel des salariés, simplement un ratio salaire / chiffre d’affaires. Dans notre cas c’est un tiers des effectifs en moins et enfin ils revendent. Peu importe l’état réel de l’entreprise. Dans deux ans, ils auront revendu dans le meilleur des cas, sans doute en morceaux. Au pire, ils liquideront et iront faire la même chose ailleurs.

Propos recueillis par Mélissa Citronnelle

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