Un lycée thiernois menacé : classes surchargées et options fermées

Un lycée thiernois menacé : classes surchargées et options fermées

Le lycée Montdory continue à se battre auprès du rectorat pour garder ses heures.

Depuis février, professeurs, parents d’élèves, élus locaux et anciens élèves se battent pour le lycée. Menacés de perdre près de 47 heures d’enseignement, tous se sont mobilisés pour pouvoir travailler et apprendre dans les meilleures conditions possibles. À la rentrée 2025, le rectorat avait déjà supprimé trois classes de chaque niveau : seconde, première et terminale, dont deux annoncées seulement au début du mois de juillet. 

Le rectorat a, depuis, annoncé de nouvelles mesures. « Pour la rentrée 2026, nous subirons une perte de plus de 30 heures d’enseignement alors que les effectifs augmentent légèrement. Par corollaire, des groupes de langues seront à 35 élèves par classe, et nous perdrons des heures en effectif réduit – où l’effectif est divisé par deux – en seconde. Or, ces heures sont essentielles pour aider les élèves plus fragiles, confirment Arnaud Da Costa-Pereira de la CGT et Julien Joulie du SNES-FSU. Le rectorat met en avant que l’enveloppe budgétaire est contrainte, imposant des économies. Pourtant, comme toutes nos classes n’étaient pas encore à 35 élèves, on nous demande de faire aussi bien avec moins de moyens et plus d’élèves par classe. »

Pour la rentrée 2026-2027, l’atelier théâtre et la section rugby seraient supprimés, ainsi que plusieurs options proposées dans le lycée, allant des arts plastiques au management et à la gestion, en passant par les langues anciennes. Le lycée Montdory, lycée général, est le seul établissement du bassin thiernois à proposer une si grande pluridisciplinarité, avec huit options, les ateliers théâtre et sciences politiques, ainsi que huit spécialités enseignées en première et en terminale.

Ces mesures entraîneraient une dégradation des conditions d’enseignement et d’apprentissage, avec des classes surchargées, des options supprimées et la perte d’heures en demi-classe pour les élèves. Professeurs et élèves sont touchés par les annonces du rectorat. Le lycée, qui se voulait un lieu de découverte et d’ouverture dans un territoire marqué par une forte mixité sociale, voit ses possibilités réduites, ce qui menace l’égalité des chances au sein du territoire auvergnat. Montdory affiche pourtant un taux de réussite au baccalauréat de 96%, contre 91% en moyenne nationale.

Plusieurs journées de mobilisation ont eu lieu à Thiers, ainsi que devant le rectorat, à Clermont-Ferrand. Ces événements ont été relayés par La Montagne et France 3, mais le rectorat ne semblait pas encore avoir pris de décision. Le 3 juin, après plusieurs rassemblements et plusieurs rencontres entre les professeurs et le rectorat, le maire de Thiers et le président de l’intercommunalité ont été reçus à leur tour pour plaider la cause du lycée et celle de l’éducation, enjeu majeur pour la ville et la société.

Le rectorat souhaite fermer des classes, alors que les effectifs annoncés pour la prochaine rentrée restent identiques à ceux de 2025, voire pourraient augmenter. Les professeurs demandent donc le maintien des mêmes moyens que l’année dernière, afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions et permettre aux élèves d’apprendre correctement, dans l’un des territoires les plus pauvres du département.

Montdory est un lycée en zone plutôt rurale, alimenté par des collèges en éducation prioritaire (Audembron, La Monnerie notamment). « Si l’on examine le taux de pauvreté, Thiers (24 %) et Courpière (18 %), deux communes d’où viennent principalement nos élèves, figurent parmi les plus pauvres du département selon un rapport de l’Observatoire des inégalités de 2024. Les tests de positionnement de nos élèves révèlent des écarts importants par rapport aux moyennes académiques, tout comme les choix d’orientation marqués par l’autocensure. Enfin, 40 % des habitants du territoire couvert par l’intercommunalité sont sans diplôme, plus du double de la moyenne nationale », argumentent Arnaud Da Costa-Pereira et Julien Joulie.

De son côté, le rectorat n’offre toujours pas de réponse claire. Cette situation ne promet rien de bon pour l’avenir du seul lycée général du bassin thiernois, mais aussi pour celui des élèves et des professeurs. Une ancienne élève, lors du dernier rassemblement, expliquait : « En allant à Montdory, j’ai pu m’ouvrir à la musique et aux sciences politiques. Cela m’a permis, cette année, de me sentir prête à tenter les concours des instituts d’études politiques (IEP) et de continuer la musique avec plaisir. Sans ces options, je ne sais pas si j’aurais tenté le concours ni si j’aurais été prête à me lancer dans une fanfare. »

Les rassemblements et les pétitions se poursuivent, dans l’espoir d’obtenir des heures et des moyens pour continuer à enseigner dans de bonnes conditions, au plus grand bénéfice de tous. « Les décisions ont déjà été prises. Malgré notre forte mobilisation interne, les multiples audiences et le soutien marqué de nombreux élus du territoire – notamment Francis Roux, maire de Thiers ; Tony Bernard, maire de Châteldon et président de l’intercommunalité Thiers Dore Montagne ; Julien Brugerolles, député de la circonscription -, nos arguments n’ont pas été entendus, regrettent les représentants syndicaux. Le rectorat a certes abondé notre dotation horaire globale de dix heures, mais cela reste une diminution nette des moyens, alors que le nombre d’élèves augmente à la rentrée 2026. »    

« Cette situation est incompréhensible. Un appel à la grève dès la rentrée scolaire, soutenu par les parents d’élèves de la PEEP, a été lancé et communiqué à la rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand juste avant les vacances estivales, préviennent les deux syndicalistes. Pour nous, qui avons épuisé toutes les autres voies, la grève la plus large et durable à la rentrée est désormais le seul recours possible. »

Fanny Poyet

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