La décision de la Cour d’appel de Lyon redonne espoir à 146 salarié·es de l’équipementier automobile AMIS, repris par le groupe Le Goff-CMW. Mais pour la CGT de l’Allier, cette victoire ne doit pas masquer les centaines d’emplois perdus dans le département.
C’est un soulagement, mais aussi une alerte. Vendredi 24 octobre, la Cour d’appel de Lyon a infirmé la décision de liquidation judiciaire de l’entreprise AMIS, à Montluçon, et validé son rachat par le groupe Le Goff-CMW, basé à Corbas (Rhône). Cette issue, arrachée après des mois de combat syndical et politique, permet de sauver 146 emplois sur les 191 que comptait le site. Dix-huit salarié·es non repris bénéficieront d’une proposition de reclassement dans la Loire. À Guéret, en revanche, le verdict est amer : la quarantaine d’employés du site creusois, licenciés au printemps, ne seront pas repris. L’usine devrait être mise en sommeil, dans l’attente hypothétique de nouveaux marchés aéronautiques.
Après plus d’un an de lutte, « c’est du soulagement pour l’ensemble des salariés, une page se tourne », réagit Laurent Indrusiak, secrétaire général CGT de l’Allier. Cette victoire doit beaucoup à la mobilisation collective : salariés, CGT, élus locaux et habitants ont multiplié les initiatives pour empêcher la fermeture du site. Jeudi 23 octobre, une trentaine de salarié·es, la CGT Allier et la CGT Montluçon, le maire Frédéric Laporte et son adjoint Romain Lefebvre, avaient fait le déplacement à Lyon pour soutenir l’appel d’AMIS. Même le président du Sénat, Gérard Larcher, avait rencontré les représentants du personnel quelques jours plus tôt. Renault, principal client, a promis 45 millions d’euros de commandes sur trois ans si la reprise était actée. Un autre donneur d’ordre s’est engagé à hauteur de neuf millions supplémentaires.
« Une bonne nouvelle, mais pas un renversement de tendance »
Si la CGT de l’Allier salue « la mobilisation de toutes et tous » et « la sauvegarde de l’emploi à Montluçon », elle ne relâche pas la pression. « Nous pensons aussi aux 45 salariés qui perdront leur emploi et aux 185 déjà licenciés en mars. Leur situation ne doit pas être oubliée », rappelle le syndicat dans un communiqué. Car derrière le sauvetage d’AMIS, la désindustrialisation du département reste préoccupante. « En quinze ans, nous avons perdu 800 emplois dans la métallurgie et près de 1 000 dans la chimie », rappelle la CGT. À ces chiffres s’ajoutent les 90 suppressions de postes chez Adisseo fin 2024, les 185 licenciements d’AMIS au printemps et les 45 suppressions actuelles. D’autres entreprises, comme Brea System sont en grande difficulté. Erasteel a annoncé le 3 novembre la suppression de 190 postes sur son site de Commentry (80% des effectifs).
Une conférence sociale de reconquête industrielle
Face à cette Bérézina, l’État organise le 28 novembre une conférence sociale sur l’industrie dans le bassin d’emploi. « Le cas AMIS montre que la mobilisation peut faire reculer la fatalité, souligne un responsable syndical. Mais on ne peut pas se contenter d’une victoire ponctuelle. Il faut une politique industrielle publique, durable et planifiée, à la hauteur des besoins des territoires. » Le repreneur, Arthur Le Goff, PDG du groupe CMW, doit venir à Montluçon début novembre pour rencontrer les salariés et présenter sa feuille de route pour AMIS. Les syndicats restent vigilants : « La bataille de l’emploi ne s’arrête pas avec la signature d’un plan de cession. Il faudra vérifier que les promesses sont tenues », avertit la CGT.
Sonia Reyne
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