Le 28 novembre à l’Ostal del Teil à Aurillac, Peuple et culture Cantal lance sa première résidence avec l’auteur François Beaune, dans le cadre du projet de collecte de récits « Histoires vraies du Cantal. » Celle-ci aura lieu deux semaines autour de Murat, Saint-Flour et Vic-sur-Cère, puis sera suivie d’une seconde en mars sur Mauriac et Maurs. Discussion avec Pierre Pays, membre du bureau de Peuple et culture.
Mag’Éruptif : Quelle est l’histoire de Peuple et culture Cantal ?
Pierre Pays : On a fêté cette année les vingt ans du groupe Cantal. Très tôt, ici, l’essentiel de l’activité militante s’est organisée autour de la projection de documentaires dans tous les lieux et avec tous les partenaires possibles. Ceci constitue toujours une bonne partie de nos activités avec comme point d’orgue la nuit du court métrage (du doc mais pas que…), organisée chaque année et qui rencontre un franc succès.
Mag’Éruptif : En quoi votre approche de l’éducation populaire se distingue-t-elle d’une action culturelle classique?
Pierre Pays : Les fondateurs de Peuple et culture ont imaginé dans les maquis du Vercors, en 1944, une association qui essaierait de rapprocher les gens par la culture et de produire des activités culturelles pour et avec les gens, afin de mieux se connaître les uns les autres
Mag’Éruptif : Qu’est-ce qui favorise, selon vous, la participation des gens à vos actions ?
Pierre Pays : Je crois que les gens viennent à nos activités – formation, projection, collectage – parce qu’elles sont en général gratuites, ouvertes à tous et qu’on y trouve de l’ouverture à l’autre et un esprit de convivialité. Nos soupes sont souvent très prisées.
Mag’Éruptif : Comment est née l’idée de ce collectage d’histoires vraies du Cantal ?
Pierre Pays : L’idée est née de mon désir personnel de créer une sorte de récit collectif où les gens sont amenés à se rencontrer et à se raconter. Compte tenu de l’époque dans laquelle on vit, ce sera déjà pas si mal si on y arrive…
Mag’Éruptif : En quoi ces histoires peuvent-elles aider à mieux comprendre « avec qui on vit aujourd’hui » ?
Pierre Pays : La question qu’on pose aux gens rencontrés au hasard de nos pérégrinations et partenariats multiples, c’est la suivante : qu’est ce qui, dans le récit de votre vie, depuis la naissance jusqu’à aujourd’hui, vous paraît suffisamment important pour que vous souhaitez le partager avec le reste du monde ? Ainsi, l’idée de choix que la question induit nous amène à penser qu’une histoire choisie est forcément le reflet d’un certain imaginaire lié à une personne en particulier. C’est comme un écho d’une personnalité particulière dont l’écume (l’histoire racontée) signifie forcément quelque chose de ses courants profonds et peut éveiller des choses tout aussi inattendues dans les personnes qui reçoivent le récit. Et c’est cela qui nous intéresse. Il s’agit pour nous d’essayer de bâtir une bibliothèque vivante des imaginaires cantaliens. Bibliothèque qui fait corpus – classée, thématisée, rendu publique sur internet : le site de Peuple et culture Cantal et celui des Histoires de Méditerranée – et qui a vocation à être accaparée. C’est d’ores et déjà le cas, par des artistes, pour en faire des performances susceptibles d’être reçues par le public qui a bien voulu nous prêter des histoires. C’est un côté circulaire qui nous importe beaucoup.
Mag’Éruptif : Comment espérez-vous que ces récits influencent la manière dont les habitants voient leur territoire?
Pierre Pays : On espère, par le truchement des récits collectés et la façon dont on va les proposer au public, que les gens qui peuplent le territoire aient une photographie à disposition de la richesse des parcours, des modes de pensée et des façons de vivre des gens qu’ils croisent au quotidien. On espère également proposer comme un miroir dans lequel chacun pourra se reconnaître tout ou partie et au final, proposer ainsi un récit commun qui fasse sens pour chacun. A l’heure actuelle, ce sera sûrement déjà pas si mal qu’on arrive un peu à proposer du commun à partir des différences de chacun.
Mag’Éruptif : Pourquoi avoir choisi François Beaune pour inaugurer le projet ?
Pierre Pays : Parce que c’est quelqu’un dont le collectage des histoires vraies constitue le quotidien depuis une bonne dizaine d’années. Parce qu’il s’est montré très enthousiaste à l’idée de constituer un corpus dans le Cantal – et pourquoi pas dans tout le Massif Central ? Parce qu’il est natif de Clermont-Ferrand et toujours dûment supporter de l’ASM. Parce qu’il est sympathique et intéressant.
Sonia Reyne
Visitez les sites de l’Union Peuple et Culture et d’Histoires Vraies
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