Lutte des Sucs : le bitume ou la vie

Lutte des Sucs : le bitume ou la vie

Le préfet de la Haute-Loire a déclaré d’utilité publique, le 23 octobre 2025, le projet de déviation de la RN88 entre Saint-Hostien et Le Pertuis. Cette nouvelle portion de route express de dix kilomètres à l’est du Puy-en-Velay (Haute-Loire), la Région Auvergne-Rhône-Alpes s’obstine à vouloir la construire au nom de la « sécurité » et du « désenclavement ». Pour de nombreux habitant·es, ce chantier titanesque est un non-sens écologique et social.

Depuis plus de cinq ans, le collectif La Lutte des Sucs mène bataille contre le projet de contournement de Saint-Hostien et du Pertuis porté par la Région de Laurent Wauquiez, qui en a fait un symbole de sa politique pro-route. Sur le terrain, les pancartes « Non à la RN88 » fleurissent à l’entrée des hameaux. Derrière elles, des paysan·nes, des naturalistes, des habitant·es attaché·es à leurs terres, rejoints par Greenpeace Clermont-Ferrand, France Nature Environnement Haute-Loire et l’Association des Usagers des Transports d’Auvergne (AUTA).

Le projet prévoit un tracé en 2 x 2 voies de dix kilomètres, coupant à travers prairies, zones humides et terres agricoles. Il implique des expropriations et la destruction de zones naturelles et d’espaces nourriciers. « Ce chantier ne résoudra pas les nuisances, qui ne seront que reportées, ni les problèmes de sécurité routière dont l’analyse des chiffres démontrent le même taux d’accidents et de tués au km sur les tronçons déjà aménagés à 2×2 voies, mais il artificialisera des hectares de sols vivants », dénoncent les opposants dans leur dossier de presse.

Les pro déviation argumentent, et c’est repris dans le rapport du commissaire enquêteur que « le projet vise à améliorer la sécurité routière, la fluidité du trafic et la qualité de vie des riverains, tout en intégrant des mesures environnementales et paysagères ». D’après eux, « le chantier doit désenclaver le territoire et accompagner son développement économique et démographique. » La déclaration d’utilité publique autorise désormais les expropriations des quatorze derniers hectares nécessaires pour concrétiser le projet, sous cinq ans. « Le calendrier prévoit le démarrage des travaux avec le viaduc de la Roudesse, long de 300 mètres. Pour l’instant, aucun autre appel d’offres ni aucune autre échéance n’ont été annoncés concernant le reste du tracé. Une mise en service en 2028, comme l’affirme Laurent Wauquiez, paraît donc très improbable », remarque Nathalie, membre du collectif d’opposition.

éviation courte de 2 km, en 2 x 1 voie, pour contourner Saint-Hostien, accompagnée de l’aménagement sécurisé du bourg du Pertuis et du renforcement des transports collectifs. Leur document, intitulé Itinéraire bis, défend un principe simple : répondre aux besoins locaux sans détruire l’environnement ni plomber les finances publiques. Cette alternative aurait un coût bien moindre et un impact environnemental réduit. Mais elle est ignorée par la Région.

Pour convaincre, du 11 au 14 juillet, plus de 150 naturalistes bénévoles avaient parcouru le tracé contesté. Leurs inventaires révèlent la présence d’une biodiversité exceptionnelle : sonneur à ventre jaune, lézard des souches, aigle botté, papillons azurés, orchidées sauvages… Autant d’espèces protégées qui rendent le chantier inconcevable. « On parle de milieux encore vivants, où la nature n’a pas été bétonnée ni remblayée, soulignent les membres du collectif. Les études environnementales officielles sont incomplètes, voire biaisées. » 

Sur le terrain, cet été, les initiatives se sont multipliées : stands d’information, ateliers d’écriture d’avis, interventions au Résilience Festival #4, au Chambon-en-Lignon. Le 24 juillet, une réunion publique en ligne a réuni habitant·es, militant·es et élu·es. Le 3 août, une douzaine de militant·es et sympathisant·es de la Lutte des Sucs se sont retrouvés dans un champ en bordure de la RN88, ensemencé de pommes de terre début juin. Clin d’œil symbolique : le lieu offre à la fois une vue sur la route existante et sur le paysage majestueux des sucs. Ces pommes de terre de la lutte ont été butées à l’ancienne, par traction animale, avec l’aide d’une jument et d’un hongre. Dernier temps fort de la mobilisation : la Contre-Montée du Mézenc, organisée le samedi 30 août 2025 en écho à la traditionnelle rentrée politique de Laurent Wauquiez et du sénateur Laurent Duplomb. Ce rassemblement d’une centaine d’opposants s’est inscrit dans la continuité de la contestation contre la loi Duplomb, en costumes jaune et noir, avec des militants de la Confédération paysanne venus de Haute-Loire, d’Ardêche et d’autres départements.

Le collectif soutient désormais les personnes concernées par les expropriations, qui ont commencé. D’autres militants participent au comité de suivi des mesures de compensation environnementale. 200 hectares sont à trouver pour compenser les destructions liées à la construction de la route. Ces terrains ne se situent pas à proximité du tracé, mais dispersés ici et là jusqu’à plus de 40 km de la zone concernée. Les opposants espèrent désormais jouer la montre jusqu’à ce que l’appel déposé en février 2024 soit examiné, ce qui pourrait prendre deux ans.

Sonia Reyne

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