À Puy-Guillaume, un collectif a pris l’initiative de donner vie à un projet d’habitat participatif hors norme. Baptisé L’Étoile de Terre, ce projet incarne une vision commune : bâtir, décider et agir collectivement pour nourrir un lieu ouvert, sobre et résilient.
Ce jeudi d’octobre, ils sont six à s’activer sur le chantier. Sur la façade nord, ils passent l’enduit et achèvent les murs en paille. Mélia, David et Marjolaine, membres du collectif, travaillent aux côtés de Luc, venu de Paslières pour explorer la construction en paille, séduit par la qualité du projet. À midi, truelles et gâches sont posées : tout le monde se retrouve dans ce qui fait office de cuisine collective. Au menu : courges farcies aux lentilles, plateau de fromages, fruits, gâteau au citron et carrés de chocolat. « Je suis venu par connaissance, pour participer à la construction et voir comment se déroule un chantier participatif, raconte Michel, jeune retraité stéphanois, également impliqué dans le chantier. J’avais envie d’expérimenter la paille et de découvrir ce mode de vie collectif. » Ségolène, elle, est venue de Lille pour les vacances. Elle vit déjà dans un habitat partagé dans le Nord, mais souhaitait mettre la main à la pâte.
À la sortie de Puy-Guillaume, sur un ancien site de scierie, le chantier de l’Étoile de Terre se fait en auto-construction. Le collectif n’est pas encore complet : trois foyers sur six prévus. Il construit donc pour l’instant quatre logements et une partie des espaces communs. « C’est pour mutualiser la friteuse ! » plaisante David avant d’ajouter plus sérieusement : « Mutualiser les espaces et les outils, c’est pouvoir s’offrir une chambre d’amis, un jardin, un atelier… tout en achetant plus petit pour soi. Et puis, le quotidien à plusieurs, c’est agréable, tout en gardant de l’intimité. » Sur un terrain de 8 500 m², dont 5 200 constructibles, le collectif prévoit 200 m² d’espaces partagés : salle commune, buanderie, atelier, chambres d’amis, bibliothèque, jardin
L’aventure a démarré en 2020. Certains vivaient déjà en habitat collectif, d’autres sont amis ou amis d’amis. Tous partagent le désir de rénover plutôt que de construire, sans artificialiser les sols. Après plusieurs mois de recherche autour de Clermont et Billom, ils ont trouvé l’ancienne scierie de Puy-Guillaume, achetée en octobre 2022. Le projet se veut intergénérationnel, même si l’équilibre n’est pas encore atteint : trois familles, cinq enfants de 6 à 16 ans, et une gouvernance partagée où chacun contribue selon ses compétences. « Ce n’est ni la famille ni des amis proches, c’est un entre-deux, explique Marjolaine. Mais ça crée du débat, ça fait avancer. Les enfants ont d’autres repères : c’est un vrai lieu de solidarité et d’apprentissage. »
Des surprises et un lieu de vie solidaire
Parmi les aléas : une pollution du terrain non prévue, qui a entraîné un surcoût. Et, à l’inverse, de belles surprises humaines : « L’arrivée de nouvelles personnes, comme Mélia ou Luc… Les meilleurs moments, ce sont les liens qui se tissent », résument-ils. Les fondations, la charpente, la toiture, l’électricité et les menuiseries ont été confiées à des professionnels, mais l’isolation en paille, les enduits, les cloisons et la plomberie sont assurés collectivement. Le bâtiment, conçu pour être passif, sera chauffé uniquement au bois. Leur démarche d’éco-construction est poussée : réemploi du béton concassé de la scierie pour les fondations et les chemins, imperméabilisation minimale, réutilisation du bois sur place, étude béton allégée, fabrication de briques et dalles en terre, usage de verre recyclé. Grâce au réseau Habiter autrement, le projet a bénéficié du financement par le département d’un tiers du coût des études, plus 10 000 € par logement et 5 000 € pour la co-construction. Un appui bienvenu pour un budget total estimé à 900 000 €, foncier compris. Dans dix ans, ils imaginent un grand jardin nourricier, avec fruits, légumes, poules, peut-être même un cochon, « le sujet fait débat », sourit David. Ils espèrent surtout que le lieu restera fraternel, en lien avec les voisins. « À chaque porte ouverte, des gens viennent nous rencontrer. La mairie a été très accueillante », souligne Marjolaine.
Si tout se passe comme prévu, fin novembre, le bâtiment sera hors d’eau, hors d’air. Les logements seront ensuite aménagés un à un, au rythme des bras et des saisons.
Sonia Reyne
Le collectif recrute trois foyers, sans critères de composition ou d’âge, avec pour l’un d’eux la possibilité d’intégrer un logement de 60 m² d’ici l’été 2026.
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