Opération Vulcain à Brioude : la guerre devient animation locale

Opération Vulcain à Brioude : la guerre devient animation locale

Du 25 au 31 octobre 2025, le Brivadois a servi de décor à l’opération militaire « Vulcain ». Sept compagnies de réservistes, appuyées par des militaires de métier, soit 800 uniformes, ont occupé le territoire pendant six jours pour ce qui fut officiellement présenté comme un exercice.

Pour la première fois, la Haute-Loire a accueilli l’exercice militaire Vulcain, organisé par la 4e brigade d’aérocombat. Du 23 au 30 octobre 2025, près d’un millier de militaires, dont 80 % de réservistes, ont été mobilisés pour répondre à une menace terroriste fictive. Dans les faits, il s’agissait aussi et surtout d’un spectacle. Hélicoptères, drones, démonstrations de matériel, scénarios d’intervention, le tout mis en scène et commenté, sous les applaudissements d’un public invité à regarder la guerre comme une attraction familiale. Les enfants levaient les yeux vers le ciel, le carburant brûlait à flots, les communiqués s’enchaînaient.

Le vocabulaire était soigneusement calibré : « réquisition préfectorale », « puissance étrangère », « renseignement », « forces spéciales », « neutralisation de terroristes infiltrés dans une fête de village ». Une langue froide, guerrière, devenue familière, presque banale. Une langue qui dit beaucoup de l’époque.

Comment, dans un monde où les guerres ravagent des populations entières, peut-on transformer des manœuvres militaires en divertissement ? C’est la question posée, en amont, par l’Union locale CGT, l’association « Pastèque » et le Groupe d’Action LFI de Brioude dans un communiqué commun. Une question simple, et pourtant soigneusement évacuée du récit officiel.

Car « Vulcain » n’est pas qu’un exercice. C’est aussi un message politique. Alors que le président de la République multiplie les déclarations alarmistes sur une guerre à venir, fait voter une loi de programmation militaire à 413 milliards d’euros, et accepte l’escalade des dépenses militaires au nom de l’OTAN, l’État organise localement la mise en scène de la force armée, en pleine période d’austérité budgétaire. Pendant que l’on explique qu’il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux, les écoles ou les services publics, on invite la population à applaudir chars et hélicoptères.

Le 31 octobre, place du Postel, cette mise en scène a rencontré une contestation concrète. Quelques dizaines de personnes ont déployé une banderole simple : « De l’argent pour les services publics, pas pour la guerre ». Une phrase de bon sens, aussitôt traitée comme une menace. Un militaire s’est empressé de tenter de l’arracher, sous les applaudissements d’une partie du public visiblement hostile. La banderole a fini décrochée. Première victoire symbolique de l’ordre militaire.

Les manifestants ont alors défilé avec des pancartes contre la guerre et pour un cessez-le-feu, notamment en Palestine. Rapidement encerclés par les forces de l’ordre, écartés de la foule, sommés de décliner leur identité, ils ont répondu par une forme de résistance pacifique : un sit-in, accompagné de chants. Le Déserteur de Boris Vian. La rue des Lilas de Sylvain Girault. La paix n’est ni un délit ni une naïveté.

A ce moment-là un geste inattendu a fissuré le décor. Un homme, seul, est sorti de la foule pour s’interposer entre les manifestants et une partie du public qui entonnait la Marseillaise. Il a applaudi. Simplement. Un geste courageux, précieux, dans un climat tendu où l’opposition assimilée à une trahison.

La scène aurait pu s’arrêter là. Mais la fin de la manifestation se conclut par une phrase, lâchée par un homme en uniforme, à propos des manifestants : « Faudrait tous les enfermer dans un container et les envoyer à Gaza. » La banalisation de la guerre ne conduit pas à plus de sécurité, mais à une violence verbale décomplexée. Derrière le spectacle, les démonstrations et les applaudissements, « Vulcain » raconte une époque : la guerre n’est plus seulement un horizon lointain, elle devient un outil de communication, un instrument de maintien de l’ordre, et un divertissement. Faut-il applaudir ?

Christian Caillié

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