Le jour du souvenir trans à Clermont-Ferrand : entre deuil et célébration

Le jour du souvenir trans à Clermont-Ferrand : entre deuil et célébration

Le 20 novembre marque le jour international du souvenir trans. A Clermont-Ferrand, des artistes drags local•e•s ont organisé un show au fotomat en honneur des adelphes défunt•es cette année. Sous la lumière des projecteurs: une dizaine d’artistes transgenres sont venus raconter leur vécu sous différentes formes.

Dès l’entrée du fotomat, plusieurs stands tenus par des artistes queer et associations: Queer
Auvergne, le Bici Social Crew, le Planning familial 63, SOS Homophobie Auvergne permettent de les soutenir financièrement en leur achetant des badges, patchs, stickers,
prints…

Début du show, hommage via une liste des 26 personnes transgenres décédées en France cette année, âgées de 13 à 39 ans. Rares furent celles qui atteignirent la trentaine. Une espérance de vie bien plus courte que les 80 ans estimés pour les personnes cisgenres. La violence et la précarité sont malheureusement rampantes dans notre communauté. Aujourd’hui, on pleure nos adelphes parti·es trop tôt mais on célèbre aussi le fait d’être là, d’être toujours en vie et dans une salle entouré·es de personnes comme nous. On se sent un peu moins seul.

Les performances partagent toute la diversité du vécu trans. Certains artistes sont là
pour offrir un peu de douceur à leurs adelphes fatigué·es de se battre pour exister.
D’autres expriment toute la colère et la douleur qu’iels ressentent, permettant à tous·tes
celles·eux présent·es dans la salle de commisérer ensemble. Des cris s’élèvent qui avaient besoin de sortir, gardés enfermés à l’intérieur bien trop longtemps, à l’instar de certains membres du public, qui ne peuvent être eux-mêmes que dans l’enceinte de ces murs.

Contrairement à ce que certain·es peuvent penser, la transition de genre est un long parcours sans fin. Il ne suffit pas de faire “l’opération”.

Souvent, ça commence par des questionnements sur les normes de genre, est-ce qu’on s’y conforme, ou pas. Un mal-être, une dysphorie de genre, habiter un corps qui ne vous ressemble pas. Constamment se sentir mal à l’aise avec sa propre existence, avec la façon dont on est perçu·es. Puis quand on découvre le concept de transidentité, il y a une petite phase de déni. Et une fois qu’on l’a accepté, il faut faire face aux autres. Entendre de la bouche de ses proches tout ce qu’on s’était imaginé qu’iels diraient. Les voir faire le deuil de la personne que nous n’étions pas alors que nous sommes toujours là. Devoir s’expliquer encore et encore.

Découvrir qui on est quand il y a si peu de représentation ou de documentation autour de nous, que la société et nos proches nous diabolisent ou infantilisent, que les parcours administratifs et médicaux sont un enfer qu’il est souvent difficile de surmonter, et tant d’autres choses encore. Tous les vécus trans sont différents, certaines personnes souhaitent suivre un traitement hormonal, effectuer des opérations chirurgicales, d’autres non. Mais ce que chaque parcours a en commun, c’est qu’on doit se battre pour être nous-même.

Écrasés par un système conçu pour nous étouffer dans l’œuf, nous sommes fatigué·es.

Fatigué·es de prétendre être quelqu’un que nous ne sommes pas, fatigué·es d’avoir à constamment justifier notre existence, fatigué·e d’être traité de monstre dont le seul crime est d’être nous-mêmes.

Nous sommes fatigué·es, mais nous continuerons à nous battre, à nous aimer pour que l’an prochain, nous ayons moins de noms à lister le jour du souvenir trans.

Varian Cadet

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