A l’heure où les défenseurs autoproclamés de l’identité aimeraient bien récupérer danses et musiques traditionnelles, le festival Esperlueta propose cinq jours de rencontres festives, ouvertes sur l’échange et le partage, du 17 au 21 mars à Clermont-Ferrand.
Du 17 au 21 mars se tiendra à Clermont le festival Esperlueta, qui se veut tisseur de liens entre milieux associatifs et étudiants de la ville. C’est ce qu’exprime son nom, version occitane du mot « esperluette » désignant le signe &, symbole de lien et de rapprochement – rapprochement entre les milieux, entre les cultures et entre les modes d’expression : musique, danse, cinéma, cuisine…
Nous avons pu échanger avec Loïc Etienne, musicien membre des Brayauds (Centre départemental de musiques et danses traditionnelles du Puy-de-Dôme) et coordinateur du festival, qui nous a parlé de l’histoire et des objectifs d’Esperlueta. Ce festival a pris la suite de Traces de danse qui était organisé par l’AMTA (Agence des musiques des territoires d’Auvergne) dont le but était de créer à Clermont un événement autour des danses traditionnelles plutôt cantonnées dans le milieu rural.
Esperlueta reprend cette idée d’amener les danses trad en ville, en y ajoutant la notion du lien contenue dans son nom. « La ville de Clermont est un lieu de mélange, de croisements, de rencontres de cultures variées qu’il faut valoriser », souligne Loïc Etienne, d’où l’idée du lien, lien interculturel, lien inter-associations, lien intergénérationnel en s’intéressant au milieu étudiant.
On constate, en effet, un intérêt grandissant des jeunes pour les musiques et danses trad un peu partout en France. Le pouvoir du bal, lieu festif de culture alternative, de rencontre, de contact suscite en effet beaucoup d’engouement dans la jeunesse.
A l’heure où la notion de tradition populaire ou de culture traditionnelle fait l’objet de récupérations identitaires-réactionnaires (le candidat du Rassemblement national à la mairie de Clermont voudrait proposer « une nouvelle offre culturelle » en organisant une « grande fête populaire, un Festibougnat »…), Esperlueta considère qu’affirmer son identité « c’est tendre la main vers l’autre pour le connaître, pour échanger et partager ». Le festival veut être un mouvement d’éducation populaire qui crée des ponts et permet de s’émanciper à travers la culture.
L’édition 2025 du festival, centrée sur la culture palestinienne (en collaboration avec l’Association France-Palestine Solidarité 63), a marqué un virage. Elle a en effet attiré de nombreuses personnes originaires du Moyen-Orient ou du Maghreb qui et a ainsi permis des rencontres fructueuses avec des milieux qui ne fréquentaient pas ce genre d’événements. La mouture 2026 comprendra un atelier de danses traditionnelles turques, coanimé par une habitante turque de Clermont, et la participation d’un orchestre turc -le chanteur est Clermontois – au bal du samedi à la Maison du Peuple.
L’offre du festival est très variée : musique, danse mais aussi conférences et ateliers. Cette année, danses et musiques auvergnates et turques, patrimoine palestinien, batucada arverno-brésilienne et orchestre breton vous seront proposées.
A l’heure où beaucoup s’acharnent à nous diviser, plus que jamais il nous faut cultiver les liens qui nous unissent et en tisser de nouveaux, profitons donc d’Esperlueta pour cela.
Philippe Josselin
Retrouvez le programme complet sur leur site
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