Chez Barbier, la mobilisation paie : 250 euros de revalorisation par jour de grève

Chez Barbier, la mobilisation paie : 250 euros de revalorisation par jour de grève

À Monistrol-sur-Loire, la détermination d’une minorité active a forcé la main d’un groupe industriel rétif. Retour sur une victoire syndicale qui pose des jalons dans le Haut-Lignon.

À Monistrol-sur-Loire, la grève menée chez le fabricant de films plastiques Barbier aura mobilisé au-delà des portails de l’usine. Déclenché le lundi 9 mars à 5 heures, au moment de la prise de poste, le mouvement s’est achevé le vendredi 13 mars à 19 heures, deux heures avant l’arrivée de la première équipe du week-end. Entre-temps, la direction a cédé sur plusieurs points, selon l’Union départementale CGT de Haute-Loire, attribuant à ce conflit social une portée qui dépasse l’entreprise. Dans le Haut-Lignon comme ailleurs, cette grève rappelle que lorsque des salariés se mobilisent, ils peuvent gagner des droits, du salaire et du pouvoir d’achat. Pas toujours à la hauteur des demandes initiales, mais suffisamment pour desserrer l’étau. À Barbier, cinq jours ont suffi pour en faire la démonstration.

Dans ce groupe qui compte 700 salariés, environ 150 grévistes se sont mobilisés, soit un peu plus d’un cinquième des effectifs. Insuffisant pour rendre le mouvement majoritaire, mais assez pour enrayer la production et peser sur la négociation. « Le nombre d’ateliers se serait étendu lors de la prise de poste du week-end, ce qui a mis la pression à la direction pour conclure la négociation », rapporte Pierre Marsein, secrétaire général de l’UD CGT 43. L’accord a finalement été signé entre la direction et Éric Bony, délégué syndical CGT de l’entreprise, seule organisation syndicale présente sur le site.

Le résultat, au terme de cinq jours de grève, est loin d’être symbolique. Les salariés obtiennent 30 centimes de plus par heure, soit 45 euros brut par mois, auxquels s’ajoutent 700 euros de primes. Rapporté à la durée du conflit, cela représente, pour les grévistes, l’équivalent de 250 euros gagnés par jour de grève en droits nouveaux et en rémunération supplémentaire. Les revendications initiales étaient plus élevées : 1 euro de plus par heure et 2 000 euros de prime. Les grévistes n’en obtiennent donc qu’une partie. Mais c’est précisément ce point que soulignent les militants syndicaux : même minoritaire, une mobilisation organisée pèse sur le rapport de force et permet des avancées concrètes. Pour Pierre Marsein, la dimension collective est centrale. « Nous sommes toujours plus efficaces lorsque nous sommes majoritairement en grève », reconnaît-il, tout en soulignant : « Nous pouvons être très fiers de cette victoire même si nous n’avons finalement obtenu qu’un tiers de nos revendications, probablement parce que nous n’étions pas assez de grévistes. » 

Face aux revendications, la direction a invoqué, selon la CGT, le coût du pétrole, déterminant pour cette entreprise du plastique dont la matière première en dépend largement. Un argument que les piquets de grève ont jugé peu convaincant. Dans une zone où la voiture reste indispensable pour aller travailler, les salariés eux aussi sont immédiatement impactés par la hausse du carburant. Le pouvoir d’achat s’est imposé comme le cœur du conflit.

Sur le plateau, l’enjeu dépasse le seul cadre de Barbier. L’entreprise figure parmi les principaux employeurs de Haute-Loire, dans un bassin situé entre Le Puy-en-Velay et Saint-Étienne, au milieu d’un tissu industriel dense. Sur un rayon d’une vingtaine de kilomètres, le secteur du plastique représente près de 3 000 salariés. Dans les entreprises, les négociations s’observent, se comparent et s’alignent peu ou prou sur les résultats obtenus chez Barbier. La grève est intervenue en fin de négociations annuelles obligatoires et au moment où une autre grève salariale se déroulait chez Interep.

Autre élément marquant : la mise en place d’une caisse de grève par l’UD CGT 43, avec l’appui d’autres syndicats du département. Une solidarité matérielle destinée à tenir dans la durée, qui montre aussi que l’isolement n’est pas une fatalité pour les salariés en lutte. Pour la CGT, ces victoires ne relèvent pas seulement du salaire : elles redonnent prise sur le travail et renforcent la confiance collective, recréent de la confiance dans l’action pouvoir. Pierre Marsein l’assume en termes politiques, estimant que « la lutte, la solidarité et les victoires sociales et revendicatives sont le barrage le plus efficace à la montée de l’extrême droite ». Une analyse qui engage la CGT et qu’il faut entendre comme telle.
Sollicité à plusieurs reprises, la direction de l’entreprise n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

Sonia Reyne

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