Dans les forêts, la sécheresse fragilise déjà certains peuplements et le risque d’incendie progresse. Éric Geoffroy, responsable de la Haute-Loire au Centre national de la propriété forestière, répond aux questions du Mag’Eruptif sur l’état des forêts du département et les moyens de les adapter au changement climatique.
Avec 33,6 % de couverture arborée moyenne, la Haute-Loire figure parmi les départements les plus boisés d’Auvergne-Rhône-Alpes. Les arbres peuvent contribuer à atténuer les fortes chaleurs, préserver les sols et soutenir la biodiversité. Mais cette moyenne masque de fortes disparités : au Puy-en-Velay, la canopée ne couvre que 23 % du territoire. Pour Éric Geoffroy, ingénieur forestier et responsable de la Haute-Loire au Centre national de la propriété forestière (CNPF), l’enjeu est désormais de construire des forêts diversifiées et capables de s’adapter au climat à venir.
Mag’Eruptif : Quelles essences résistent le mieux aux sécheresses et aux canicules en Haute-Loire ?
Eric Geoffroy : En Haute-Loire, comme en France métropolitaine, il n’existe pas d’essences spécifiques qui vont résister aux sécheresses et aux canicules. A ce jour, en absence de période d’adaptation végétative, peu d’essence sont capables de résister aux fortes chaleurs caniculaires brûlant les feuilles, ni à la régression hydrique des sols.
M. E. : Observez-vous des signes de dépérissement dans les forêts du département ?
E. G. : Oui, depuis 2018, le secteur de Brioude voit ses peuplements de pin sylvestre dépérir fortement. D’autres essences, comme le sapin pectiné subit ce sort, mais de façon moins importante.
M. E. : Le risque d’incendie augmente-t-il en Haute-Loire ?
E. G. : Énormément ! Depuis le mois de juin, nous observons plus de 400 ha de peuplements arbustifs et forestiers incendiés. La puissance des vents est un fort facteur de cause d’inflammabilité.
M. E. : Quelles pratiques peuvent limiter la propagation des feux ?
E. G. : A ce jour, le CNPF met en place une sylviculture dite adaptative basée sur la fonctionnalité des espaces, la création d’écotones (des zones de transition entre différents milieux) et la promotion des éclaircies résineuses au lieu de coupes rases.
M. E. : Faut-il privilégier les forêts mélangées ?
E. G. : Bien évidemment, les peuplements résineux monospecifiques sont en phase avec l’économie du bois, mais absolument pas pour réduire le risque d’inflammabilité des lieux concernés. Les peuplements mélangés à base de feuillus et de résineux sont, depuis de nombreuses décennies, des types de peuplements favorisant une meilleure résilience face aux risques climatiques émergents.
M. E. : Quel rôle jouent les vieux arbres et le bois mort pour la biodiversité ?
E. G. : Ce sont des éléments paradoxaux qui mettent en valeur la protection et la conservation de la biodiversité commune locale mais qui peuvent devenir des sources de combustible importantes lors d’incendies. Il convient de penser que le réchauffement climatique a une incidence sur le bois mort, refuge de nombreuses espèces microscopiques, puisque la température de ces éléments va augmenter et être potentiellement non conforme aux besoins de reproduction des espèces saproxyliques.
M. E. : Comment développer les arbres et les îlots de fraîcheur en ville ?
E. G. : C’est une vraie question et de nombreux bureaux d’études se sont intéressés à cette question depuis de nombreuses années. Pour ma part, et pour connaître la problématique des technosols urbains, la qualité de ces derniers est une question véritable de maintien et de conservation des îlots de fraîcheur végétaux.
Propos recueillis par Sonia Reyne
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