Le pôle mobilités durable du Cantal organise l’Agora des mobilités le 18 septembre à Aurillac. Ce rendez-vous permettra de réfléchir collectivement et de tester de nouvelles façon de se déplacer ensemble.
Une Agora des mobilités se tiendra le vendredi 18 septembre 2026, de 8 h 45 à 16 h 15, au campus universitaire Simone-Veil d’Aurillac. La journée proposera des conférences, des retours d’expérience, une table ronde sur les mobilités en territoire rural, la présentation d’initiatives locales, un forum-débat et un repas. Des visites apprenantes permettront également de découvrir des solutions concrètes autour du covoiturage, des véhicules intermédiaires et du transport d’utilité sociale. Pierre Mousty, membre du pôle des mobilités durables au département répond à nos questions.
Mag’Eruptif : Le Cantal est un territoire rural où la voiture individuelle reste souvent incontournable. Quelles solutions concrètes l’Agora propose-t-elle pour les personnes sans permis, à faibles revenus, ou en situation de précarité énergétique liée à la mobilité ?
Pierre Mousty : Il existe aujourd’hui plein de solutions alternatives au « tout et seul en voiture ». Et, heureusement, la plupart répondent aux besoins et contraintes des usagers (faibles revenus, sans permis…). Plusieurs d’entre elles seront en effet présentées à l’Agora, lors de temps d’échange avec les personnes qui les ont déployées. Seront donc présentés le covoiturage, qui peut prendre différentes formes, les véhicules intermédiaires – c’est à dire les véhicules entre les vélos cargos et les voiturette électriques du genre AMI -, le vélo, qui n’est pas réservé qu’aux grandes métropoles, et le transport d’utilité sociale : des bénévoles consacrent du temps pour amener des personnes qui ne peuvent pas ou plus se déplacer. Une rencontre est d’ailleurs prévue avec le commissaire à la lutte contre la pauvreté pour lui présenter le dispositif de copilotage solidaire Rouages, opérationnel depuis un an et demi, le vendredi après-midi.
M. E. : Le programme évoque des « transports et déplacements décarbonés », y a t’il des objectifs chiffrés de réduction des émissions liées aux mobilités sur le territoire, et sur quel calendrier ?
P. M. : A ma connaissance il n’y a pas d’objectif spécifique sur le territoire. Il faut savoir que le transport est le premier poste d’émission de gaz à effet de serre (GES) en France avec un tiers des émissions, et que la voiture individuelle représente la moitié de ces émissions. La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) fixe l’objectif de réduire les émissions de GES du transport de 28% d’ici 2030 par rapport à 2015 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour tenir la trajectoire fixée pour 2030, il faudra réduire les émissions du transport de personnes cinq fois plus vite sur les cinq années qui viennent que ce que nous avons réussi à obtenir ces cinq dernières années.
M. E. : Les femmes ont des pratiques de mobilité différentes des hommes : trajets plus fragmentés, moins de covoiturage nocturne, sentiment d’insécurité dans les transports en commun ou à vélo. Ces enjeux sont-ils intégrés dans les schémas cyclables et les dispositifs de covoiturage présentés ?
P. M. : Le genre a en effet un fort impact sur la mobilité. Un exemple marquant, 75 % des déplacements d’accompagnement (enfants ou parents) sont réalisés par les femmes. On parle même de charge mentale de la mobilité. Les solutions présentées ne proposent pas à ma connaissance de réponses spécifiques pour les femmes. Mais cela serait intéressant d’y travailler, peut-être à l’occasion de la prochaine Agora en 2027. Cela ne nous empêche pas, au sein du pôle des mobilités durables, de travailler la question avec notamment les Plans de mobilités scolaire, qui concernent fortement les mères des élèves, la location de vélo-cargo, ou le dispositif Rouages.
M. E. : Qui finance concrètement cette Agora ? Les aides mentionnées dans les outils et ressources bénéficient-elles prioritairement à certains publics ou zones géographiques ?
P. M. : L’Agora est financée principalement par le programme CEE TIMS (mobilite-durable-inclusive.fr). Aurillac Agglo, la CAF et la MSA sont également financeurs. L’Agora commence en fait le jeudi 17 septembre avec une journée qui s’adresse aux entreprises – les outils et ressources présentées leurs sont donc destinées, mais sans restriction géographique.
M. E. : La table ronde sur le Plan de mobilité employeur s’adresse à qui prioritairement : grandes entreprises, PME, associations ? Les salarié·es et leurs représentant·es sont-ils associé·es à l’élaboration de ces plans ?
P. M. : Les Plans de mobilité employeurs (PdME) s’adressent à toutes structures qui souhaitent travailler sur la mobilité de leurs salariés. Le PdME est un formidable outil qui permet de répondre à des difficultés de recrutement, particulièrement prégnant dans le Cantal, de renforcer l’image et l’attractivité, de réduire les émissions GES de liées à l’activité de la structure, et même de renforcer les liens au sein des équipes. Pour nous, au sein du Pôle, l’implication des usagers est indispensable à la réussite de tout projet de mobilité. C’est même le fondement de notre méthode. Si l’idée ne vient pas de vous, aussi bonne soit-elle, vous l’essaierez peut-être un peu au début, mais vous reprendrez rapidement vos habitudes. La mobilité est très viscérale et personnelle. Il n’y a qu’à voir comment certains réagissent en voiture, ou le sourire d’un enfant à vélo en descente…
Propos recueillis par Sonia Reyne
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