Le tribunal de justice du Puy-en-Velay a sévèrement mis en garde le retraité qui avait tiré à la carabine à plomb en direction d’enfants et avait proféré des injures racistes à leur encontre en avril à Espaly. Il n’a cependant pas prononcé de peine d’emprisonnement ferme à l’issue de l’audience, le 17 août.
« Les insultes racistes, en 2026, ce n’est pas entendable, ce n’est pas possible. Vous le comprenez, ça ? » Dans la salle d’audience du tribunal de justice du Puy-en-Velay, lundi 17 août, la présidente, Emma Toucas, ne mâche pas ses mots face à un prévenu qui ne semble pas prendre la mesure de son acte.
Le 19 avril dernier, Michel V., 65 ans, excédé par le bruit que faisait un groupe de gamins jouant au football près de ses fenêtres, dans la cité de l’Arbousset à Espaly (banlieue du Puy-en-Velay), a déversé un lot d’insultes racistes sur les enfants et tiré dans leur direction avec une carabine à plomb de la catégorie la plus puissante mise en vente sans autorisation.
Personne n’a été atteint mais un garçon âgé de dix ans, qui s’était rapproché de l’appartement pour récupérer le ballon, dit avoir entendu le plomb siffler près de lui. Dans un rapport, une psychologue clinicienne évoque un enfant présentant « tous les signes » d’un stress post-traumatique, qui « reste envahi par des angoisses, ruminations » et « nécessite un suivi au long cours ». Un médecin a prononcé une interruption temporaire de travail (ITT) de trois jours.
« Je ne suis pas raciste »
Face à la juge, le retraité du BTP a du mal à faire acte de contrition. « Quand vous entendez crier « sale Français », pour moi, c’est du racisme », rétorque-t-il, évoquant des provocations répétées, du harcèlement. La magistrate, outrée, lui rappelle qu’en face de lui, il a des gosses et qu’il n’est « pas sensé répondre de la même manière, ça ne se passe pas comme ça en société ».
Confronté aux témoignages du voisinage sur ses agressions verbales racistes récurrentes, Michel V. plaide l’exaspération : « Je ne suis pas raciste. Il semble que je l’ai dit, mais pas volontairement. (…) C’était sous le coup de la colère, à force de me faire harceler. » Une vidéo figurant dans le dossier montre Michel V. revendiquant sans ambiguïté son racisme lors d’une altercation avec une habitante noire.
L’homme assure par ailleurs qu’il n’a jamais tenté de tirer sur le groupe, qu’il voulait juste intimider, que le coup est parti par accident, en l’air. « Pour que le tir ait lieu, il fallait que la carabine soit armée, cela ne peut être le fait du hasard (…). Il a fallu un geste volontaire », rétorque le procureur, Antoine Jocteur-Monrozier.
L’expertise psychiatrique décrit Michel V. comme caractériel, mais en pleine possession de ses moyens. Le procureur en rajoute une couche, parle d’une « personnalité querelleuse », qui « alimente clairement cette tension », avec une tendance à « se faire justice lui-même ». Il appelle toutefois à ne pas envoyer en prison l’individu, reconnu invalide à 80%, sous médication et avec une épouse alitée.
Suivant les réquisitions du procureur, la cour condamne Michel V. à 15 mois de prison avec sursis probatoire assorti d’une obligation de soins psychologiques, d’une interdiction de détention et de port d’arme de dix ans, d’une interdiction de se rendre à Espaly (le prévenu a déménagé quelques jours après l’agression, avec l’aide du bailleur social) et d’approcher la famille de l’enfant en état de choc, ainsi que de l’obligation d’effectuer un stage citoyen. Elle le condamne également à verser des dommages-intérêts de 4 200 euros à la famille au titre du préjudice moral ainsi que 900 euros à chacune des deux associations parties civiles, SOS Racisme et la Ligue des droits de l’homme.
Au prononcé de la décision, le prévenu semble indifférent à la peine de prison avec sursis qui vient d’être prononcée à son encontre. Il s’indigne en revanche des sommes qu’il devra débourser.
Nicolas Cheviron
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