Mauriac cherche sa santé

Mauriac cherche sa santé

À Mauriac, dans le Cantal, on ne plaisante pas avec la santé, ni avec la géographie. Depuis que le projet de Maison de santé pluridisciplinaire (MSP), prévu pour 2027, a été validé par l’Agence régionale de santé (ARS) et la CPAM, les débats vont bon train au sujet du futur site. Alors, centre-ville nostalgique ou zone commerciale pleine d’avenir ?

Les vingt-cinq soignants réunis au sein de l’association Équipe de soins primaires pensent pourtant tenir une bonne ordonnance : construire un lieu moderne, capable d’attirer de jeunes médecins et d’éviter au territoire de tomber dans le coma du désert médical. Mais à Mauriac, avant de soigner les patients, il faut d’abord calmer les tensions au sujet du choix géographique d’installation de la maison de santé. Le terrain choisi ? La zone commerciale de Marsalou, à une vingtaine de minutes à pied du centre. L’endroit est plat, pratique, et surtout déjà propriété de la communauté de communes. Pour Jean-Pierre Soulier, président de ladite intercommunalité, c’est le site le plus « fonctionnel, accessible et soutenable financièrement ». « Nous avons étudié plusieurs options, explique-t-il. Mais entre la pente trop marquée du terrain communal près de l’école Jules-Ferry et les coûts de terrassement, le choix de Marsalou s’est imposé. Dans un contexte où chaque euro public compte, il fallait une solution réaliste. » Réaliste, peut-être. Populaire, pas vraiment. Car en centre-ville, certains toussent à l’annonce de cette implantation. Jean-Pierre Boutarel, 89 ans, doyen des commerçants et infatigable défenseur du pavé mauriacois, a lancé une pétition. « Nous avons recueilli 550 signatures pour demander que la maison de santé soit construite en centre-ville, annonce-t-il. Tout est à portée de main : hôpital, laboratoires, pharmacies… Les gens peuvent tout faire à pied ! À Marsalou, il faudra une voiture ou un taxi. Et puis, c’est à côté d’une clinique vétérinaire… avec les chevaux et les vaches qui passent, il y a un risque de bactéries ! »

Derrière la crainte de croiser un bovin sur le chemin du médecin se cache un vrai malaise : celui d’un centre-ville qui se vide, déjà fragilisé par le développement de la zone commerciale. « On a besoin d’un équilibre, plaide Jean-Pierre Boutarel. Le Marsalou a vidé le cœur de Mauriac, il ne faut pas que la santé parte avec. » Si, à la mairie, on pourrait partager ce regret, pas question cependant de bloquer l’ordonnance. L’urgence sanitaire est là. Les médecins disparaissent, il faut attirer les jeunes soignants, c’est une priorité. L’ARS, de son côté, garde la tête froide. Clémence de La Faye, chargée des relations institutionnelles, précise : « Nous ne tranchons pas les questions immobilières. Ce qui compte, c’est l’accès aux soins. Les maisons de santé permettent d’attirer et de fidéliser les praticiens, et donc de maintenir une offre durable. » Tant pis si l’adresse fait débat, il faut que les stéthoscopes atterrissent sur le territoire. Car pendant que certains s’écharpent sur la topographie, des habitants continuent de chercher un médecin. À Mauriac, comme ailleurs, les départs à la retraite s’enchaînent plus vite que les arrivées. Dans le jargon administratif, on appelle cela une « démographie médicale tendue ». Dans la vraie vie, cela s’appelle attendre trois semaines pour une consultation. Jean-Pierre Soulier garde le cap : « Tout retard risquerait de faire fuir les soignants déjà engagés dans le projet, et même de compromettre les financements publics. On ne peut pas se permettre d’attendre encore deux ans. » En somme, entre un bâtiment un peu excentré et pas de médecins du tout, le choix est vite fait pour la communauté de communes. Cette histoire ressemble à beaucoup d’autres : celle d’un territoire rural qui essaie de concilier urgence sanitaire et survie économique. Ce débat illustre une tension récurrente entre logique de soins et logique d’aménagement du territoire. Le projet de maison de santé pourrait devenir un point de convergence plutôt qu’un motif de division et garantir la présence de soignants sur le territoire. En attendant, Mauriac continue de débattre, signe qu’elle est encore bien vivante. Et comme disent les anciens : « Tant qu’on se dispute, c’est qu’on n’est pas encore malade. »

Sonia Reyne

Contactez l’ARS du Cantal : 13 place de la Paix, 15000 Aurillac

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