À l’heure où l’agriculture traverse une crise profonde et où les élections municipales approchent, la Confédération paysanne du Cantal propose de déplacer le débat loin des stands m’as-tu-vu du Salon de l’agriculture parisien. Le 3 mars, à Maurs, elle organise un Salon à la ferme autour d’un thème central : le rôle des communes dans le soutien à une agriculture durable, locale et paysanne.
« Le Salon à la ferme, c’est un contre-salon, né pendant le Covid et maintenu depuis vu son succès, explique Stéphan Elzière, porte-parole de la Confédération paysanne du Cantal. Il permet de parler d’agriculture au plus près des réalités de terrain, des territoires et des paysan·nes, à l’inverse du Salon parisien qui repose sur trois piliers présentés comme l’avenir de l’agriculture : génétique, robotique et numérique. » Chaque année, un thème est mis en avant. En 2026, le syndicat paysan a choisi d’interpeller les municipalités, en intitulant sa rencontre « l’agriculture paysanne au menu des communes ».
Pourquoi inviter les candidat·es aux municipales ?
« D’un côté, on a un modèle agricole qui spécialise les territoires, incapable de répondre pleinement aux besoins alimentaires locaux, qui entraîne une baisse inexorable du nombre de paysan·nes, près de 40 000 fermes perdues en trois ans, vide les villages et participe à la désertification des campagnes », souligne Stéphan Elzière. De l’autre, la Confédération paysanne défend « un projet d’agriculture paysanne capable d’installer un million de paysan·nes, d’accompagner la transition agro-écologique et climatique, de répondre au défi du renouvellement des générations et de garantir une alimentation de qualité pour toutes et tous ». Pour le syndicaliste, les communes ont un rôle clé à jouer : « L’agriculture paysanne peut avoir un rôle central dans l’avenir des territoires ruraux, et nous sommes prêts à accompagner les élu·es, à être force de propositions. »
Des leviers très concrets à l’échelle communale
Contrairement à une idée répandue, les municipalités disposent de nombreux outils d’action. « Elles peuvent d’abord protéger le foncier agricole de l’artificialisation, via les plans d’urbanisme. Elles peuvent aussi favoriser des politiques d’installation-transmission orientées vers une agriculture paysanne diversifiée, avec de la transformation à la ferme et de la vente directe », détaille le porte-parole, viticulteur à Molompize. La restauration collective est également un levier majeur : « L’approvisionnement des cantines est un outil puissant pour encourager la relocalisation et la diversification des filières. » Enfin, les communes peuvent soutenir « la réappropriation des outils de filières locales : abattoirs de proximité, ateliers collectifs, coopératives… »
Broutards, spécialisation, l’impasse du modèle dominant
Dans le Cantal, l’élevage bovin reste largement structuré autour de la production de broutards destinés à l’exportation, notamment vers l’Italie. Un modèle que la Conf’ remet en question. « Cette spécialisation est le résultat de choix agricoles régionaux visant la réduction des coûts et l’intensification : le Massif central pour l’herbe et le naissage, la plaine du Pô pour l’engraissement », indique Stéphan Elzière. Mais pour lui, les limites sont criantes : « Perte d’autonomie des paysan·nes et de souveraineté alimentaire des territoires, impacts climatiques liés aux transports, risques sanitaires liés aux déplacements d’animaux et à la dépendance aux exigences des pays acheteurs. »
Une autre voie possible
La ferme du Bouyssou, qui accueillera la journée du 3 mars, incarne concrètement cette alternative. Chez Pierre Couderc, l’élevage bovin cohabite avec des cultures – colza, légumineuses, du maraîchage – et un atelier pain. « On montre qu’on n’est pas obligé d’envoyer les broutards à l’engraissement en Italie. Engraisser sur place, c’est plus d’autonomie, plus de valeur ajoutée et davantage d’interactions avec les acteurs locaux », commente Stéphan.Lorsque les communes soutiennent ces orientations, les effets peuvent être rapides : « Dans les cantines, cela permet d’augmenter l’approvisionnement local et de qualité, pas de viande du Mercosur. Et pour l’élevage cantalien, c’est la garantie de maintenir un tissu rural vivant, avec des éleveur·ses nombreux·ses, plutôt que de poursuivre la fuite en avant vers l’agrandissement et la dépendance aux marchés. »
Sonia Reyne
Rendez-vous le mardi 3 mars à la Ferme du Bouyssou, à Maurs :
14h30 : visite guidée de la ferme
15h30 : table ronde sur les politiques agricoles locales
17h00 : échanges citoyens et pot fraternel
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